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L’heure de la diplomatie des tubes a sonné. En annonçant la signature imminente de l’accord intergouvernemental liant treize capitales ouest-africaines, Rabat et Abuja ne se contentent plus de tracer des lignes sur des cartes d’état-major. Ils forgent, par le droit et l’acier, le corridor énergétique le plus ambitieux du continent. Un pari à 25 milliards de dollars destiné à fracturer l’enclavement du Sahel, à relier le golfe de Guinée à l’Europe, et à imposer l’Afrique comme l’acteur souverain de sa propre destinée industrielle.

Pendant des décennies, la douleur dans les couloirs de nos hôpitaux publics a souvent été une affaire atrocement silencieuse. En relançant la plateforme Chikaya Santé ce mois-ci, le ministère tente de briser cette fatalité systémique en offrant un mégaphone institutionnel inédit aux patients marocains. Ce dispositif national de traitement des réclamations, porté par le nouveau ministre Amine Tehraoui, ne se veut pas un simple guichet numérique de plus. Il s’érige comme un sismographe des dysfonctionnements hospitaliers, avec un enjeu humain vertigineux : rétablir une confiance profondément fracturée entre le corps social vulnérable et l’administration du soin.

Dans le silence feutré des conseils de gouvernement, une obsession domine désormais l’agenda : celle du chiffre. Un million. C’est le volume de postes que l’Exécutif s’est engagé à créer d’ici la fin de l’année 2026, érigeant la question de l’emploi en baromètre absolu de son succès politique. Mais alors que le sablier s’écoule, cette promesse solennelle, portée par le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, ressemble de plus en plus à une course contre la montre où chaque dixième de point de croissance est scruté comme une bouffée d’oxygène pour une cohésion sociale sous haute tension.

Il existe dans les couloirs de nos facultés et dans les ateliers de nos centres de formation une même mélancolie silencieuse. C’est celle d’une jeunesse qui a scrupuleusement respecté le contrat de l’effort pour se retrouver, au matin du diplôme, devant l’horizon bouché d’un marché qui ne reconnaît plus sa langue. Au Maroc, le paradoxe est devenu une règle : plus le savoir s’accumule, plus l’emploi se dérobe. De l’amphithéâtre à l’établi, la promesse de l’ascension sociale se brise sur le mur d’une inadéquation systémique, transformant le titre scolaire en un fardeau plutôt qu’en un moteur.

À l’aube de la session printanière du dialogue social, prévue à la mi-avril, l’architecture institutionnelle bâtie par le gouvernement vacille sous le poids d’une réalité économique abrupte. Pris en étau entre la flambée des cours mondiaux de l’énergie et des promesses structurelles inachevées, l’exécutif aborde son ultime round de négociations de fin de mandat face à des centrales syndicales pour qui la patience n’est plus une option.

L’ambition de l’État social se heurte aujourd’hui à une arithmétique rigoureuse. En disséquant les mécanismes de la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) livre un constat sans fard : le transfert des régimes vers la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) demeure insuffisant pour garantir la pérennité du système. Ce qui devait être une bascule historique vers l’équité menace de se transformer en un défi de solvabilité si les fondations financières ne sont pas consolidées d’urgence

La nouvelle est tombée comme un couperet sur les rives du fleuve Niger : Bamako vient de rompre avec des décennies de dogmatisme diplomatique. En retirant sa reconnaissance à la fiction séparatiste de la « rasd », le Mali ne fait pas que s’aligner sur la vision de Rabat ; il acterait, selon les termes d’une déclaration historique ce 10 avril 2026, une volonté de stabilisation irréversible d’un Sahel en pleine recomposition.

L’innovation sans protection n’est qu’une dépossession. Alors que la finance se dématérialise, le Maroc érige la donnée en sanctuaire de souveraineté. Entre l’exigence d’un Cloud souverain et le rempart d’une IA éthique, le Royaume refuse de livrer l’intimité de ses citoyens aux algorithmes étrangers. Décryptage d’une lutte invisible pour le contrôle de notre mémoire financière