Population rurale et emplois agricoles: Le défis de la classe moyenne

La stratégie « Génération green 2020-2030 » voit en l’émergence d’une classe moyenne agricole et l’encouragement des jeunes entrepreneurs du monde rural un moyen efficace pour profiter du fort potentiel en termes de création d’emplois du secteur agricole qui demeure le premier employeur du pays.

Même si la part de l’agriculture recule progressivement, le rythme de transformation structurelle du Royaume est lent et explique le poids de ce secteur primaire, encore assez conséquent, dans la formation du PIB. Ainsi, au cours des 35 dernières années, la part de l’agriculture dans le PIB n’a que graduellement diminué et reste élevée, autour de 15%, alors que près de 40% des emplois sont agricoles. En effet, d’après les données du HCP et des Nations Unies, avant la pandémie, le secteur agricole demeure un secteur majeur en termes d’emplois.

Même si son poids a diminué, les emplois agricoles représentent en 2017, 37,5 % des emplois totaux et devraient en représenter 35,8 % en 2020. Toujours selon les chiffres du HCP, les exploitants agricoles, pêcheurs, forestiers, chasseurs et travailleurs assimilés représentaient 13,3 % des emplois en 2016 et les ouvriers et manœuvres agricoles et de la pêche (y compris les ouvriers qualifiés) 24,2 %.

En milieu rural, le secteur agricole représentait en 2016, 72,9% des emplois, contre 75,2 % en 2008 et 80,9 % en 2000 (HCP, 2016). Pour cette même année, les secteurs des services et de l’industrie représentaient respectivement 14,7 % et 12,5 % des emplois ruraux. Les exploitants agricoles, pêcheurs, forestiers, chasseurs et travailleurs assimilés représentaient 25,5 % des emplois ruraux en 2016 et les ouvriers et manœuvres agricoles et de la pêche (y compris les ouvriers qualifiés) 46,6 %.

Autre élément important, si au niveau national le taux de chômage est de 10,2 % en 2017, il est beaucoup plus bas en zone rurale (4 %) qu’en zone urbaine (14,7 %). De plus, il touche plus les femmes que les hommes avec un taux de chômage respectif de 8,8 % et 14,7 % en 2017. Fait marquant, le chômage touche particulièrement les jeunes urbains dont le taux de chômage ne cesse d’augmenter pour atteindre 42,8 % en 2017. Plus d’un tiers de ces jeunes chômeurs détiennent un diplôme de niveau supérieur. En milieu rural, le taux de chômage s’il est plus faible augmente aussi et a atteint 11,4 % en 2017.

Saisonniers précaires

En termes de création d’emploi, et après 10 ans de mise en œuvre du Plan Maroc Vert, le ministère de l’Agriculture annonçait la création de 250 000 emplois, dont 50 % entre 2016 et 2017, ce que ne semblent pas corroborer les chiffres du HCP.

Les chiffres du HCP pour les années 2013 à 2018 montrent tout d’abord une forte variabilité des emplois dans le secteur agricole en fonction de la qualité des campagnes. Ainsi, après une création de 58 000 postes en 2013 et de 16 000 en 2014, le secteur de l’agriculture, forêt et pêche a connu, en raison de mauvaises campagnes agricoles, la perte de 32 000 postes d’emploi en 2015, puis de 119 000 en 2016, ce qui correspond à une baisse de 2,9% du volume d’emplois.

Entre 2017 et 2018 ce secteur, encore d’après le HCP, aurait enregistré une perte de 46.000 emplois. En 2019, le secteur de l’ »agriculture forêt et pêche » a perdu 146.000 emplois au niveau national, correspondant à une baisse de 3,9%, résultat d’une perte de 160.000 emplois en milieu rural et d’une création de 14.000 en milieu urbain.

Cette volatilité de l’emploi est corollaire des campagnes agricoles qui, sous de bons auspices, arrivent à offrir du travail à la main d’œuvre encore disponible. Encore faut-il préciser que cette dernière a tendance à s’amenuiser via les migrations de ruraux, en particulier vers l’Europe.

Il existe notamment des flux migratoires saisonniers de femmes (mariées et ayant déjà un enfant) pour les zones de production de fraise en Espagne. En 2018, elles seraient 15. 000 à travailler dans la région de Huelva. Au -delà des conditions de vie souvent très difficiles dans les exploitations espagnoles, ces migrations posent des problèmes de disponibilité de main-d’œuvre notamment pour la production de fruits rouges au Maroc.

Par ailleurs, une étude réalisée en 2015 par le CRED auprès des migrants de la région de Tadla-Azizal, montre que plus de 60 % sont des ruraux et plutôt des hommes d’âge mûr. Ils ont migré pour des raisons économiques en grande majorité vers l’Espagne, l’Italie et dans une moindre mesure la France.

Comme le souligne cette étude: « l’émigration a donc un coût élevé en termes de pertes en ressources humaines: on forme des hommes et des femmes au Maroc, mais leurs compétences sont utilisées ailleurs ». Autre élément important, d’après les prévisions de la HCP la population totale en âge de travailler devrait augmenter (15-64 ans) en moyenne de 230 000 personnes par an entre 2015 et 2030.

En zone rurale on assistera sur cette période à une relative stagnation de la population en âge de travailler et celle-ci devrait diminuer ensuite, ce qui pourrait avoir des conséquences en termes de main d’œuvre disponible pour le secteur agricole.

Nouveau tournant

En plus de l’amélioration des outils et techniques d’exploitation, les différents changements que subissent les populations rurales, qu’ils soient sociaux, démographiques, économiques, territoriaux et climatiques, ont pointé la nécessité d’assurer au monde rural, un développement équilibré, harmonieux et durable en intégrant une approche économique, sociale et spatiale.

Dans ce sens, la nouvelle feuille de route offre de nouvelles perspectives au développement du secteur pour en faire un vivier d’emplois stables, pérennes et efficaces, créateur de valeur ajoutée pour ses acteurs et pour le pays.

Et il en va ainsi pour « Génération Green » qui se base sur deux principaux piliers, à savoir la valorisation de l’élément humain, conformément aux Hautes Orientations Royales, et cela à travers l’émergence d’une nouvelle génération de classe moyenne agricole (350.000 à 400.000 ménages), et la naissance d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs, via la mobilisation et la valorisation d’un million d’hectares de terres collectives et la création de 350.000 postes d’emploi au profit des jeunes.

Le second pilier de cette stratégie ayant trait à la poursuite de la dynamique de développement du secteur, en favorisant le développement humain et social. Pour y arriver, et bien que retardée par la pandémie, la coordination et la collaboration entre les acteurs concernés (cadres, techniciens, planificateurs du ministère, bailleurs de fond, cabinet d’étude…), est en marche afin de mettre en place un environnement incitatif au profit des jeunes du monde rural, par la création d’entreprises et l’appui à la formation, notamment dans les métiers et les services liés à l’agriculture.

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