Bilan

Stress hydrique: Une stratégie et des urgences

A une année près de sa présentation, les concertations autour du projet de la stratégie nationale de l’eau sont finalisées. Établie selon une approche participative impliquant les différents départements ministériels et établissement publics intervenant dans le secteur de l’eau et intègre également l’aspect adaptation aux changements climatiques, l’enveloppe budgétaire qui devra être allouée à la stratégie avoisine les 383 Mrds Dh, dont une grande partie sera assurée par les fonds publics. Elle devra servir de base à l’ensemble des programmes à mettre en œuvre pour les trente prochaines années.

Le réchauffement climatique représente le phénomène d’augmentation de la température des océans et de l’atmosphère. A l’échelle mondiale, il est mesuré sur plusieurs décennies et traduit une élévation de la quantité de la chaleur de la surface terrestre. Toutes les récentes publications scientifiques (particulièrement les rapports du GIEC) sont unanimes sur la réalité d’un réchauffement climatique global de la planète, et affirment que la situation est quasi irréversible si les mesures nécessaires ne sont pas entreprises par les différents pays. La problématique environnementale est, en effet, très liée à celle de la disponibilité de la ressource hydrique. La tendance du climat à l’assèchement, observée durant les dernières décennies au Maroc, serait certainement accompagnée d’une réduction des ressources hydriques, ce qui affecterait les activités de production, la santé humaine, et les écosystèmes naturels. En effet, le Maroc est le 22e pays le plus stressé par l’eau selon un rapport du World Resources Institute. En chiffres, le potentiel des ressources hydriques est, en moyenne, d’environ 22 milliards de mètres cubes par an dont 18 milliards m3 d’eau superficielle et 4 milliards m3 d’eau souterraine. Sous nos Cieux, la pluviométrie est caractérisée par une grande variabilité temporelle et spatiale.
Conscient de l’enjeu économique, social et stratégique que représente l’Eau, le Maroc s’est engagé très tôt dans une politique nationale de maîtrise et de mobilisation des ressources hydriques et l’adoption d’une démarche de planification et de gestion intégrée de l’eau. Cette politique a permis de doter le pays d’une importante infrastructure hydraulique composée actuellement de 145 grands barrages d’une capacité de 18,6 milliards de m3 et de 130 petits barrages d’une capacité dépassant les 100 millions de m3, alors que 14 autres grands barrages sont en cours de réalisation.
Cependant la ressource en eau subit avec une très grande acuité la pression socio-économique presque partout dans le Royaume puisque l’activité économique principale de la population repose sur l’agriculture et l’élevage, et sa rareté constitue encore aujourd’hui l’enjeu principal auquel le Maroc doit faire face. Le potentiel en ressources en eaux naturelles renouvelables, déjà en deçà du seuil critique de stress hydrique de 1 000 m³/hab/an, risque de chuter davantage du fait du changement climatique et de l’augmentation démographique. La rareté des eaux superficielles accentue la pression sur les ressources souterraines, dont la qualité est également menacée par les fertilisants agricoles et la salinité. Ainsi, si des avancées notables ont été réalisées au niveau de la gestion des ressources hydriques et de la protection des écosystèmes liés à l’eau, le secteur reste encore confronté à des défis importants auxquels il faut faire face. L’affaire relève de l’urgence.

Large spectre

A l’instar de beaucoup de pays, le Maroc n’échappe pas aux effets du changement climatique qui ont un impact sur son potentiel hydrique déjà limité. La part de l’eau disponible par habitant ne cesse de rétrécir passant d’environ 2560 m3/habitant /an en 1960 à 620 m3 en 2019. Afin de faire face à cette pénurie structurelle, le Maroc a mis sur pied un ensemble de solutions. En effet, le Royaume a introduit début 2020 un nouveau programme baptisé Plan national de l’eau (PNE) 2020-2050. Il se décline comme une feuille de route pour gérer les défis liés à l’eau au cours des 30 années à venir. Elaboré dans le contexte des défis universels auxquels le Royaume fait face, à la lumière des directives royales et sur la base des documents d’urbanisme disponibles dans un cadre de concertation, de participation et de coordination, ce PNE part d’un diagnostic de la situation actuelle et vise notamment à améliorer l’offre en eau à travers la construction de barrages, la connexion des bassins hydrauliques, le dessalement de l’eau de mer, l’intégration de tous les centres ruraux dans les systèmes structurés d’approvisionnement en eau potable, la mise à disposition des ressources en eau nécessaires au développement d’une agriculture durable, la préservation des écosystèmes et la lutte contre la pollution. Le coût financier estimatif de ce Plan, fruit d’efforts conjugués de divers départements ministériels et organes compétents, dans le cadre d’une approche participative et d’un large processus consultatif, avoisine les 383 Mrds Dh pour les 30 prochaines années, dont une grande partie proviendra du soutien public, ce qui dénote l’importance que le Royaume attache à ce chantier. Le budget prévisionnel couvre essentiellement les projets de raccordement de l’ensemble des centres ruraux dans le réseau, la lutte contre la pollution et le soutien aux plans agricoles durables. Les dotations devront aussi couvrir les charges liées au renforcement de l’offre à travers la construction de nouveaux barrages, le raccordement entre bassins hydrauliques et projets de dessalement d’eau de mer.

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Un plan dans le plan

Ce plan se veut également un prolongement du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020–2027 validé par le Souverain, dont les axes prioritaires portent sur l’amélioration de l’offre hydrique, notamment par la construction des barrages ; la gestion de la demande et la valorisation de l’eau, notamment dans le secteur agricole ; le renforcement de l’approvisionnement en eau potable en milieu rural ; la réutilisation des eaux usées traitées dans l’irrigation des espaces verts; et la communication et la sensibilisation en vue de renforcer la conscience liée à l’importance de la préservation des ressources en eau et la rationalisation de son utilisation.
Ce Programme, dont le coût global atteindra 115 Mrds Dh, vise à renforcer le potentiel national par la réalisation de 20 grands barrages d’une capacité de 5,38 milliards de m3. Après l’achèvement des travaux de construction y afférents, le Maroc atteindra une capacité de stockage avoisinant 27,3 milliards de m3. Le programme prévoit le renforcement du potentiel national en petits barrages en vue de contribuer à assurer les conditions idoines du développement local, rappelant que le Maroc compte actuellement 130 petits barrages, outre 20 autres en cours de construction. A cette fin, il a été procédé au recensement de 909 sites sur l’ensemble du territoire national pour la réalisation de petits barrages et d’autres collinaires. Ces sites feront l’objet d’études techniques, économiques et environnementales détaillées pour programmer les barrages susceptibles d’être réalisés dont l’édification nécessitera une enveloppe budgétaire annuelle de près de 600 MDH. Par ailleurs, le programme 2020-27 fournirait de l’eau d’irrigation à 510.000 hectares et bénéficierait à 160.000 agriculteurs. De même, 9,5 Mrds Dh serviront à convertir les systèmes d’irrigation traditionnels en irrigation localisée (goutte à goutte) et équiper 350.000 hectares de terres agricoles de nouveaux systèmes d’irrigation.

Choix non conventionnels

Pour satisfaire la demande accrue en eau, des projets visant à mobiliser des eaux non conventionnelles, notamment le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées, ont été lancés. En matière de dessalement des eaux de mer, la capacité de production totale actuelle des stations s’élève à 118 161 m3/j : 6 stations pour assurer les besoins en eau potable (Laâyoune, Boujdour, Tan Tan, Akhfennir, Sidi El Ghazi et Roco Chico) et deux stations pour assurer les besoins industriels du groupe OCP (Jorf Lasfar et Laâyoune). Cette capacité atteindra près de 458 309 m3/j après l’achèvement des travaux des stations en cours de réalisation, soit l’équivalent de 167 millions de m3/an : 3 stations pour l’eau potable (Laayoune, Al Hoceima et Tarfaya), une station pour assurer les besoins industriels du groupe OCP à Laâyoune, une station mutualisée à Agadir pour l’eau potable et l’irrigation du périmètre de Chtouka et une station pour l’irrigation à Dakhla. Par ailleurs, une étude de mise en place d’un projet de dessalement d’eau de mer dans la région Casablanca-Settat a été lancée par le département de l’Eau, en décembre 2018 et il est prévu qu’elle soit achevée à la fin 2020. Ce projet contribuera à satisfaire les besoins en eau potable du Grand Casablanca à l’horizon 2050, évalués à 200 Mm3. Pour ce qui est de la réutilisation des eaux usées épurées, le volume des eaux usées traitée et mobilisées pour la réutilisation a atteint 64 Mm3/an en 2019, avec un objectif d’atteindre 100 Mm3/ an à partir de 2020 et 341 Mm3/an à l’horizon 2050 avec pour ambition de mettre à disposition du Royaume une ressource nouvelle, pérenne et constante. Cependant, le coût élevé de ces projets de mobilisations des eaux non conventionnelles rend impossible leur réalisation par les communes, détentrices de la compétence de la gestion de l’eau, qui ne disposent pas de moyens et de capacités suffisantes pour la réalisation des projets et assurer la pérennisation de ce genre d’infrastructures. Ce qui nécessite une forte implication de l’Etat pour la mobilisation des acteurs et le renforcement des moyens de financement.

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