Lors du comité de pilotage du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a détaillé l’accélération des projets de dessalement. En parallèle de la construction de nouveaux barrages, le recours massif à l’eau de mer constitue une réponse structurelle à la sécheresse récurrente et aux besoins croissants, notamment en milieu rural. Cette orientation traduit un virage stratégique : diversifier les sources, renforcer la résilience et piloter l’offre hydrique selon une vision intégrée. L’analyse qui suit explore les enjeux techniques, économiques et territoriaux de cette mutation.
Pression hydrique et défi climatique
Malgré une relative amélioration ponctuelle des ressources, le Maroc reste exposé à des épisodes de sécheresse prolongée et à l’augmentation des températures. Cette vulnérabilité contraint à repenser la gestion de l’eau au-delà du seul usage des barrages, souvent soumis à la variabilité des précipitations. Le dessalement s’impose alors comme une solution complémentaire, offrant un approvisionnement indépendant des aléas climatiques et garantissant une continuité de service, y compris dans les zones les plus isolées.
Quatre stations, une capacité renforcée
Quatre nouvelles usines de dessalement seront échelonnées jusqu’en 2030, pour atteindre ensemble une capacité annuelle de 1,7 milliard de m³. Chacune de ces installations associera des technologies de pointe en matière d’osmose inverse et de récupération énergétique. Cette montée en puissance permettra de soulager progressivement le réseau des barrages, tout en répondant aux besoins domestiques et agricoles. Les partenariats public-privé programmés visent à partager les investissements et à accélérer la mise en service des unités.
Impacts socio-économiques et territoriaux
Au-delà de l’approvisionnement, les projets de dessalement génèrent des retombées directes sur l’emploi local et les filières industrielles. Les travaux mobiliseront des compétences en génie civil, en mécanique et en exploitation des usines, favorisant le développement de pôles de maintenance régionaux. Par ailleurs, l’accès à une eau garantie et de qualité peut faciliter l’essor de cultures à haute valeur ajoutée et la sécurisation des circuits d’irrigation, contribuant à l’équité territoriale et à la lutte contre l’exode rural.
Gouvernance, financement et perspectives
La réussite de cette stratégie repose sur un pilotage étroit des marchés publics, une coordination entre ministères et collectivités, et la mobilisation de financements extérieurs. Le recours à des partenariats avec des opérateurs internationaux doit être assorti de clauses de transfert de savoir-faire et de suivi environnemental. À l’horizon 2030, l’enjeu sera d’intégrer ces installations dans un schéma global de gestion de l’eau, où dessalement, barrages et économie circulaire se complètent pour assurer une résilience durable.
En ciblant 1,7 milliard de m³ d’eau dessalée par an, le Maroc franchit une étape décisive vers la sécurisation de son approvisionnement et l’adaptation au changement climatique. Si la mise en œuvre respecte les équilibres économiques et environnementaux, ce virage hydrique pourrait redéfinir durablement la gestion de l’eau et renforcer la souveraineté du Royaume










