Les vrais enjeux de la réforme des Sociétés régionales multiservices

La mise en place des SRM ne remet pas en cause la cohabitation avec la gestion déléguée, particulièrement à Casablanca où Lydec dispose d’un important ancrage dans l’environnement financier, économique et social de la ville blanche.

e débat sur la mise en place des Sociétés régionales multiservices (SRM) pour gérer l’électricité et l’assainissement liquide a très vite viré à un débat clivant sur la reconduction ou non des contrats de gestion déléguée au Maroc, qui arrivent à échéance, selon les villes, entre 2025 et 2027.

Dans une intervention le 4 octobre sur une radio privée, Mustapha El Habti, Gouverneur en charge de la DRPL (Direction des réseaux publics locaux) au ministère de l’Intérieur, a qualifié l’expérience de la gestion déléguée de «globalement positive en termes de performances et a précisé que les SRM excluent pour le moment le périmètre de la gestion déléguée privée». Pour sa part, Lydec, seul opérateur à s’être exprimé sur le sujet étant coté en Bourse, a indiqué se projeter dans l’après-2027 en mettant son expertise à la disposition des autorités et des futures SRM.

Question de performance

Selon les villes, les performances historiques réalisées par les sociétés délégataires sont disparates. En 2014, un rapport de la Cour des comptes s’est montré positif à ce sujet en concluant que «la gestion déléguée a impulsé un processus qui a amené tout le secteur de la distribution vers le progrès. Les régies de distribution ont été poussées vers la modernisation de leurs systèmes de gestion, l’amélioration de leur politique commerciale et l’augmentation des rendements de leurs réseaux».

Mustapha El Habti a expliqué sur Luxe Radio que les régies publiques souffrent de problèmes chroniques de gouvernance et d’efficacité, alors que la Cour des comptes a précisé dans son rapport que «les délégataires ont apporté des méthodes managériales nouvelles du secteur privé par la simplification des procédures, la formation du personnel, le transfert du savoir-faire, la modernisation des outils et systèmes d’information de gestion et le perfectionnement des dispositifs de contrôle interne. Ils ont également amélioré les rendements des réseaux et le taux de couverture.

Ces opérateurs ont permis d’améliorer relativement la qualité des services sans pour autant satisfaire pleinement les attentes des citoyens». Dès lors, pourquoi s’interroget-on aujourd’hui sur l’avenir de la gestion déléguée ? En réalité, le sujet est mal posé. Il est même secondaire pour les différentes parties prenantes. Il faut savoir que la mise en place des SRM est un chantier qui a démarré il y a presque 10 ans. L’objectif est de réduire les inégalités entre les périmètres urbains et les zones rurales en termes d’accès à l’électricité, à l’eau et à l’assainissement.

Ces sociétés publiques devront regrouper des régies existantes et la branche distribution de l’ONEE pour améliorer leur performance, et il est prévu qu’elles cohabitent avec les sociétés privées, au moins jusqu’à la fin de leurs contrats actuels. Cette coexistence de la gestion déléguée avec les SRM peut être interprétée comme une mise en concurrence pour challenger ces nouvelles structures publiques et les pousser à améliorer leurs performances et offrir un benchmark relevé aux futurs gestionnaires des SRM. Le projet de loi sur les SRM, qui reste à voter, ne prévoit pas de remplacement à terme du secteur privé par les SRM. En revanche, on peut s’attendre à des transferts de compétences plus appuyés et une mise à disposition des ressources.

Chose que promet Lydec dans un communiqué diffusé en début de semaine : «la création des SRM ouvre de réelles opportunités pour mettre à disposition de celles-ci les savoirfaire et expertise de Lydec dans la région de CasablancaSettat et dans les autres régions du Royaume, dans un cadre partenarial à définir, en cohérence avec les nouvelles orientations du Royaume et la volonté des autorités compétentes». Pour le ministère de l’Intérieur, ce sont là les vrais enjeux. Comment rendre ces SRM plus compétitives ? Comment permettre à d’autres villes que les plus grandes métropoles d’avoir un accès décent à l’eau potable et à l’assainissement ? Quelles réponses aux problèmes de gouvernance et à l’optimisation des ressources financières ? Ce sont ce type de questions que l’Etat doit se poser pour répondre aux enjeux de développement des régions.

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