Les changements climatiques exposent sévèrement l’économie marocaine

Comme d’autres pays de la Méditerranée, le Maroc serait proche du seuil de stress hydrique sévère selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les incertitudes concernant le moment, la durée, l’intensité et l’intervalle entre les événements climatiques extrêmes expose l’économie de -3% à +0,4% du PIB annuel à l’horizon 2050.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), lié à l’Organisation des Nations unies, a publié lundi le Deuxième volet de son sixième rapport d’évaluation. Un document qui se penche sur les impacts, les vulnérabilités et l’adaptation des pays suite au changement climatique.

Le rapport présente les principales conclusions de la contribution du Groupe de travail. Il reconnaît l’interdépendance du climat, des écosystèmes, de la biodiversité et des sociétés humaines et intègre plus fortement les connaissances dans les sciences naturelles, écologiques, sociales et économiques que les évaluations précédentes du GIEC. L’évaluation des impacts et des risques liés au changement climatique ainsi que l’adaptation y sont confrontées à des tendances mondiales non climatiques qui se déroulent simultanément.

Le Maroc est cité plusieurs fois dans ce rapport. Ainsi, les experts du GIEC rappellent que les impacts du changement climatique sur le PIB du Maroc pourraient être de -3% à +0,4% d’ici 2050 par rapport à 2003. Le document aborde les observations concernant le secteur de l’agriculture et de l’eau. Pour le premier, il cite plusieurs études qui indiquent que le changement climatique devrait avoir des impacts négatifs sur les systèmes de production. Il donne l’exemple du tournesol au Maroc et au Botswana, mais aussi du café et le thé en Afrique de l’Est, des olives en Algérie et du sorgho en Afrique de l’Ouest.

Impact sur l’agriculture

De plus, alors qu’une concentration atmosphérique élevée de CO2 «pourrait être positive pour la photosynthèse et les rendements céréaliers, le résultat net pour la production agricole est très incertain», rappellent les experts. Ceux-ci prévoient des pertes de rendement qui «réduiront probablement les revenus agricoles, par exemple au Maroc, en Égypte, en Grèce et en Israël». La même source met aussi en garde contre la dégradation de l’hydrologie des zones humides notamment au Maroc, menaçant dangereusement la biodiversité.

Quant aux changements écologiques observés dans les zones arides pour le Maroc, le document met en garde contre la «vulnérabilité accrue des oasis». Il évoque plusieurs facteurs de changement climatique comme la température élevée et précipitations réduites provoquant la salinisation des sols et de l’eau, l’assèchement des eaux de surface, les vents chauds et tempêtes de sable. Cette vulnérabilité est cependant due également à des facteurs non liés au climat, reconnaît le rapport, qui évoque notamment la croissance agricole ainsi que la forte croissance démographique.

Stress hydrique sévère

L’eau et le stress hydrique au Maroc constituent une préoccupation majeure. Ainsi, les experts du GIEC notent que «la rareté de l’eau a été l’un des premiers impacts du changement climatique reconnu dans les pays d’Afrique du Nord comme le Maroc qui ont de vastes zones arides». «La diminution de la disponibilité de l’eau au Maroc a été substantielle en termes d’approvisionnement en eau de surface et en eau souterraine menaçant la production agricole», poursuit le rapport. Celui-ci dit constater que les petits agriculteurs n’ont toutefois «pas pu accéder à des aides pour mettre en œuvre l’irrigation goutte à goutte au Maroc», regrettant que «l’adoption était plus importante parmi les agriculteurs riches».

«Les précipitations annuelles moyennes ont diminué sur la majeure partie de l’Afrique du Nord entre 1971 et 2000, avec un retour progressif à des conditions normales ou plus humides en Algérie et en Tunisie depuis 2000 et au Maroc depuis 2008», rappellent les experts qui donnent l’exemple de la vallée du Draa. Celle région «devrait connaître des sécheresses plus sévères et l’estimation du bilan hydrique suggère un manque d’approvisionnement à l’avenir».

Le rapport décrit aussi comment la disponibilité des eaux de surface «devrait être réduite de 5 à 40% en 2030-2065 et de 7 à 55% en 2066-2095 à partir de 1976-2005, avec une diminution du ruissellement de 10 à 63% d’ici le milieu du siècle en Maroc et Tunisie». Les experts du GIEC rappellent que la région méditerranéenne est principalement vulnérable aux impacts du réchauffement, notamment aux vagues de chaleur prolongées et plus fortes, à l’augmentation de la sécheresse dans un climat déjà sec et au risque d’inondations côtières.

Alors que «plusieurs pays (Tunisie, Algérie et Libye) sont en dessous du seuil de pénurie d’eau fixé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)», d’autres comme le Maroc «sont proches du seuil de stress hydrique sévère», soulignent-ils encore. «Les incertitudes concernant le moment, la durée, l’intensité et l’intervalle entre les événements climatiques extrêmes exposent certains secteurs tels que l’agriculture et le tourisme à un risque particulier dans la région méditerranéenne», ajoute les experts du GIEC dans leur rapport.

 

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