Le Maroc, tout comme tous les pays importateurs du pétrole, verra la trajectoire de sa politique économique bousculé. Coface prévoit désormais que les prix de l’or noir resteront volatils à l’échelle mondiale, avec une fourchette de 90-110 dollars au cours du second semestre 2023.
Ces pressions à la hausse sur les prix du pétrole pourraient changer la donne pour les perspectives d’inflation mettant de nouveau les Banques centrales dans une situation difficile. C’est également une nouvelle alerte sur la facture énergétique, les prix à la pompe et à la consommation.
En effet, alors que la baisse des prix de l’énergie avait été l’un des principaux moteurs du recul de l’inflation dans plusieurs économies ces derniers mois, «la contribution devrait s’inverser au cours du second semestre 2023, ce qui pourrait à nouveau exercer une pression sur les taux d’inflation globaux.», avertit Coface.
La facture énergétique pèse lourd
Rappelons qu’au Maroc, la facture énergétique a plus que doublé en 2022 s’élevant à 153,52 milliards DH. Cette évolution est attribuable essentiellement à la hausse des prix qui ont également doublé pour les achats du gasoil et du fuel-oil. Le fort prix du pétrole a également impacté les cours de plusieurs produits importés notamment ceux alimentaires.
Ainsi, le déficit commercial a augmenté de 56,5% et le taux de couverture a perdu 4,5 points (57,8% contre 62,3%).
Les prix à la pompe pour les consommateurs marocains ont aussi atteint des niveaux record. Et face à l’accélération de l’inflation qui a atteint 6,6% en 2022, son plus haut depuis 1992, Bank Al-Maghrib a relevé plusieurs fois le taux directeur pour atteindre 3% actuellement.
Avec ces nouvelles tensions sur les marchés pétroliers, les risques à la hausse qui pèsent sur les perspectives d’inflation demeurent grands et un durcissement plus agressif de la politique monétaire pourrait être nécessaire si ces risques se concrétisent.
Persistance des tensions sur les marchés pétroliers
Selon Coface, début avril, plusieurs pays producteurs du pétrole, dont l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Kazakhstan, ont annoncé des réductions combinées de la production de pétrole de plus de 1,1 million de barils par jour (b/j), surprenant les marchés. Cette décision fait suite à une première baisse de production par ces mêmes pays, annoncée en octobre 2022.
Elle s’ajoute au choix de la Russie de réduire sa production d’environ 500.000 b/j en réaction à la mise en œuvre d’une interdiction par l’UE des importations maritimes de pétrole et de produits pétroliers russes. Au total, les réductions représentent environ 3,7% de la demande mondiale. Elles renforcent l’analyse de Coface selon laquelle les tensions sur les marchés pétroliers vont se poursuivre tout au long de 2023.
La réduction constitue «une mesure de précaution visant à soutenir la stabilité du marché pétrolier», selon l’OPEP+, l’Organisation qui regroupe les principaux pays producteurs de pétrole. Celle-ci estime en effet que les perspectives en termes de demande sont moins solides.
Les récentes turbulences liées au secteur bancaire ont rappelé que l’environnement économique laisse peu de place à la complaisance. Coface partage ce point de vue et prévoit un ralentissement de la croissance du PIB mondial à 2% en 2023, après à 3,1% en 2022.
Selon l’assureur-crédit, les cours du pétrole ont significativement chuté, à un point bas à plus de 48% du pic de 139 de dollars atteint après le début de la guerre en Ukraine. Cette mesure vise donc à faire remonter les prix alors que de nombreux producteurs de pétrole ne se sentent probablement pas à l’aise avec des prix en dessous de 80 de dollars.
L’interdiction des importations maritimes de pétrole brut russe par l’UE avait déjà eu pour effet de maintenir les marchés pétroliers sous tension en dépit de la faiblesse de la demande. Aujourd’hui, au niveau de la Chine, un des premiers pays consommateurs de pétrole dans le monde (environ 40% de la consommation marginale entre 2000 et 2019), un rebond plus rapide et/ou plus fort de l’économie viendra encore resserrer l’équilibre entre l’offre et la demande, poussant les prix à la hausse.
Toutes ces évolutions constituent toutefois une bonne nouvelle pour les compagnies pétrolières et gazières. «Leur niveau de rentabilité, déjà solide, bénéficiera de la hausse des prix.
Les compagnies occidentales ont ainsi enregistré des bénéfices de 219 milliards de dollars en 2022. Avec une prévision de 90 dollars/baril, Coface s’attend à ce que leurs bénéfices atteignent environ 160 milliards de dollars en 2023», estime l’assureur-crédit.










