Il ne suffisait pas de créer un marché à terme ; encore fallait-il construire la forteresse capable de le contenir. C’est désormais chose faite. Le lancement du portail informatif de l’ICMAT (www.icmat.ma) vient couronner une décennie d’ingénierie réglementaire. Si la cotation du Future MASI 20 accapare légitimement l’attention des salles de marché, c’est bien l’ICMAT qui détient les clés du réacteur.
La forteresse des deux gendarmes
Pour comprendre l’importance de cette instance, il faut se pencher sur la nature même des produits dérivés. L’effet de levier qu’ils induisent est une arme à double tranchant : un formidable outil de couverture pour l’économie réelle, mais un vecteur potentiel de contagion en cas de défaillance d’un acteur majeur.
L’essentiel
- L’Instance de Coordination du Marché à Terme (ICMAT) a officiellement lancé son portail web ce lundi 6 avril 2026.
- Ce lancement coïncide avec la première journée de cotation du Future MASI 20 à la Bourse de Casablanca.
- L’ICMAT est l’organe suprême de surveillance du nouveau marché, regroupant Bank Al-Maghrib et l’AMMC pour prévenir le risque systémique.
L’ICMAT n’est donc pas un simple guichet administratif. C’est un centre de commandement unifié, fruit de l’alliance stratégique entre Bank Al-Maghrib (BAM) et l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC). En activant ce portail, les régulateurs envoient un signal fort aux investisseurs internationaux : la place casablancaise ne naviguera pas à vue. L’Instance aura pour mission d’évaluer les risques systémiques, d’approuver l’introduction de nouveaux instruments à terme (notamment sur les taux d’intérêt et les devises, très attendus par les industriels) et de s’assurer que la Chambre de compensation dispose des pare-feux nécessaires.
Future MASI 20 : le baptême du feu
En parallèle de ce verrouillage institutionnel, l’Avenue de l’Armée Royale a vécu son baptême du feu. La première cotation du contrat Future sur l’indice MASI 20 s’est déroulée sous l’œil vigilant de cette nouvelle tour de contrôle. Les premiers carnets d’ordres ont commencé à se remplir, actant le passage de la théorie à la pratique.
Les institutionnels marocains, jusqu’ici contraints à la passivité en cas de retournement conjoncturel, disposent enfin de l’instrument de couverture de référence. En croisant les premiers ordres d’achat et de vente à terme sur l’indice phare de la place, Casablanca ne fait pas qu’étoffer son offre financière. Elle s’arrime définitivement aux standards des marchés émergents matures.
L’ère de la spéculation subie s’achève ; celle de l’incertitude tarifée sous haute surveillance commence. Le portail de l’ICMAT est allumé, et avec lui, c’est toute l’architecture du capitalisme marocain qui gagne en résilience.










