Le Maroc ne peut pas se permettre de sous- estimer le variant Delta

Faut-t-il s’inquiéter du redoutable variant Delta déjà présent dans quatre régions du Maroc, au moment où les cas de contamination sont en train de repartir à la hausse. Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme.

Alors qu’on croyait voir le bout du tunnel, les cas de contamination repartent à la hausse. Le bilan du mercredi 7 juillet a de quoi donner des sueurs froides: un total de 1.279 nouveaux cas d’infection à la Covid-19 et 708 guérisons ont été enregistrés au Maroc au cours des dernières 24 heures, indiquait le ministère de la Santé. Les contaminations ont été recensées dans les régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Souss-Massa, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceima pour ne citer que celles-ci. Une hausse importante qui ne laisse pas indifférentes les autorités.

«Pour la deuxième semaine de suite, le système national de veille et de surveillance épidémiologique enregistre une accélération des nouveaux cas de Covid-19 et une hausse des cas graves, ce qui laisse présager une nouvelle détérioration de la situation épidémiologique en cas de persistance de l’indifférence des citoyens, la négligence et le non-respect des mesures de précaution et des gestes barrières», s’est alarmé le ministère de la Santé dans son communiqué de presse.

Au moment où nous mettions sous presse, le bulletin quotidien sanitaire du jeudi 8 juillet n’était pas encore disponible mais tout porte à croire qu’il ne dérogera pas à la récente tendance d’accélération des contaminations. Comme cela ne suffisait pas, le redoutable va- riant Delta est venu compliquer davantage la donne. Le système de veille génomique a, en effet, détecté de nombreux cas résultant de variants mutants du virus SARS-CoV, dont 43 cas causés par le mutant Delta dans quatre régions du Maroc. Inutile de rap- peler que le variant Delta serait 60 % plus contagieux que le va- riant Alpha, lequel était jusqu’ici considéré plus transmissible que la forme originale du SRAS- CoV-2. C’est dire que la situation peut rapidement dégénérer d’autant que «la prise des deux injections du vaccin contre la Covid-19 n’empêche pas la possibilité d’être contaminé et de transmettre le virus», explique la tutelle qui commence d’ailleurs à s’inquiéter.

«À la lumière de toutes ces données, il a été constaté malheureusement un relâchement total, voire l’absence du respect des mesures préventives et des gestes barrières les plus simples et qui ne coûtent rien, en dépit des alertes continues lancées par le ministère de la Santé », déplore le département de la Santé.

Autrement dit, si jusqu’ici, grâce à la campagne de vaccination, lancée le 28 janvier dernier, une opération gratuite pour l’ensemble des citoyens avec comme objectif d’immuniser 80% de la population, un total de plus de 10 millions de personnes au Maroc ont reçu la première dose du vaccin contre la Covid-19, nous ne sommes pas autant à l’abri de la menace d’une nouvelle vague. «Personne n’est à l’abri de la maladie y compris les personnes jeunes», confirme Adnane Remmal, professeur universitaire et scientifique à l’Université de Fès. Selon le spécialiste en micro- biologie et pharmacologie, «les personnes qui sont relativement jeunes et lesquelles ont 20, 30 ou même 40 ans croient qu’elles sont en très bonne santé alors qu’en réalité, elles peuvent avoir des maladies qu’elles ne connaissent pas».

Pour preuve, «beaucoup de diabétiques ne savent pas qu’ils le sont», explique-t-il, ajoutant que «quel que soit l’âge du patient, une fois sur le lit d’hôpital les risques sont importants». La campagne de vaccination suit son cours, néanmoins l’immunité collective est loin d’être encore atteinte car il faut vacciner au moins les deux tiers de la population, alors qu’on est à seulement 10 millions de personnes vaccinées actuellement. La poursuite de l’observation et du respect des mesures préventives pour les personnes vaccinées ou non est alors obligatoire.

C’est ce sur quoi insiste, d’ailleurs, le ministère qui appelle l’ensemble des citoyens à respecter scrupuleusement les mesures de précaution, notamment la distanciation sociale, l’évitement des rassemblements inutiles, le port correct du masque, la désinfection des mains avant de toucher la bouche, le nez ou les yeux, le lavage fréquent des mains avec de l’eau, du savon ou de solutions hydroalcooliques. En somme, une grande responsabilité incombe aux citoyens.

L’allégement ou le durcissement des mesures restrictives est tributaire de la situation épidémiologique qui risque de se détériorer en cette période de vacances d’été, marquée par le retour des vols internationaux ainsi que l’allègement du couvre- feu nocturne.

Le gouvernement pourrait-il resserrer la vis ? Est-il possible d’imposer, de nouveau, les mesures restrictives pour li- miter la propagation du virus? Le Conseil de gouvernement, réuni jeudi à Rabat, a décidé de prolonger l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national jusqu’au 10 août prochain, mais il n’en demeure pas moins que le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, s’est déjà montré très clair sur ce point : si les mesures barrières ne sont pas respectées, «nous serons obligés de procéder au renforcement des restrictions, ce qui aurait un impact négatif sur plusieurs secteurs».

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