La restauration des écosystèmes, nouvel impératif dicté par la Covid

Redresser les économies nationales meurtries par la COVID-19 tout en sauvegardant les écosystèmes abîmés par l’activité humaine. Le Sommet des Nations Unies sur la biodiversité, tenu début d’octobre, a mobilisé l’attention de la communauté internationale sur ce sujet en envisageant de mener une « action urgente en faveur de la biodiversité pour un développement durable », thème de la réunion.

La perte de la biodiversité est la menace principale qui pèse sur l’humanité. La propagation de virus mortels comme le VIH, Ebola ou l’actuelle pandémie COVID-19, toutes transmises aux humains par les animaux, est étroitement liée à la dégradation de la biodiversité par l’homme.

Une situation qui a recentré la défense de la biodiversité dans l’agenda international. En tout cas, ce Sommet, le tout premier du genre, a bénéficié d’un intérêt renouvelé surtout que c’est à cause d’une pandémie d’origine animale que la quinzième Conférence sur la diversité biologique (initialement prévue en octobre) a été reportée à mai 2021. La Décennie des Nations Unies pour la diversité biologique (2011-2020) tirant à sa fin, une nouvelle feuille de route se dessine.

Le Conseil mondial de la biodiversité a défini, en 2019, ce que cela exigerait, en substance, d’étendre les aires protégées et restaurer les écosystèmes. « L’humanité fait la guerre à la nature, et nous devons changer cette relation », a résumé Antonio Guterres, Secrétaire général des Nation Unis dans son mot d’ouverture. « Les massifs coralliens en danger, la vie sauvage sur le déclin, la déforestation et les changements climatiques mettent en péril notre existence et nos écosystèmes fragiles, dont nous avons besoin pour vivre », a en effet relevé A. Guterres.

Au-delà des engagements des États Membres sur la base de l’Accord de Paris, il a appelé à « davantage d’ambition » et à prendre conscience que la défense de la biodiversité rejoint logiquement les questions économique, sociale et des droits de la personne. « Trop souvent, la santé environnementale est sous-estimée par les autres secteurs », a-t-il déploré en plaidant pour que les solutions fondées sur la nature soient impérativement inclues dans les plans nationaux de développement.

Des forêts, des océans, des écosystèmes intacts sont des possibilités pour piéger le carbone, a-t-il poursuivi. Ces solutions sont à portée de main pour sauvegarder l’emploi selon A. Guterres, qui a appelé les gouvernements à prendre en compte les ressources naturelles et la biodiversité comme valeurs économiques et financières, et à les « taxer ».

Il a aussi invité la communauté internationale à fixer des objectifs ambitieux tout en ne laissant personne de côté, notamment les communautés rurales et forestières, et préconisé une pêche et une agriculture durables, dont dépendent bien des peuples autochtones. Appelant à inverser la tendance, et en perspective la prochaine COP de la Convention sur la diversité biologique, le Secrétaire général a souligné qu’un Cadre 2020 de la biodiversité devra permettre de fixer des cibles mesurables et d’incorporer des mesures financières et d’évaluation des résultats.

L’impératif économique

Alors que les gouvernements négocient le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, les tensions entre sauvegarde des économies et sauvegarde de la biodiversité sont vite apparues. Le Groupe des 77 et la Chine a soutenu que la pandémie minera les efforts futurs pour réaliser les objectifs de développement durable.

Il a donc appelé la communauté internationale à « accroître la mobilisation des ressources », suggérant en particulier aux pays développés d’augmenter « considérablement » leur engagement financier pour la mise en œuvre d’un cadre mondial pour la biodiversité post-2020 dans les pays en développement.

Pour l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), c’est justement la disparition de la biodiversité qui sape les efforts mondiaux de lutte contre la pauvreté et la faim. «Il n’y a pratiquement aucun secteur économique qui ne dépende directement ou indirectement de la biodiversité», a insisté son Directeur, qui a appelé à transformer radicalement les économies et les comportements, en s’assurant qu’ils soient « ouverts, verts et durables ». Et la Secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique (CDB) de rappeler que, pendant le confinement dû à la COVID-19, beaucoup d’écosystèmes avaient « poussé un soupir de soulagement ».

Dans la même veine, l’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a noté qu’on ne se rendait pas toujours compte de l’importance de la nature ni de la valeur des écosystèmes. De son côté, la FAO a souligné le soutien fourni par le système onusien pour la « difficile » intégration de la biodiversité dans les économies et les sociétés, l’ONU aidant notamment les États Membres à l’intégrer dans des stratégies de développement vert.

Chaque investissement dans la relève économique doit prendre en compte la biodiversité, a ajouté le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) après avoir demandé de remettre en question l’exploitation sans limites des ressources naturelles: « on pensait pouvoir polluer, polluer pour parvenir à la richesse », mais les trois crises planétaires actuelles (crise climatique, crise de la biodiversité et pollution) montrent que « nous avions tort ». « Si l’on accule la nature, on en paie le prix. »

Accès illimité

Concilier reprise économique et défense de la biodiversité est du domaine du possible, selon le Forum économique mondial: 191 millions d’emplois pourraient être créés d’ici à 2030 grâce aux opportunités commerciales émergentes en lien avec la nature.

A. Guterres a pris l’exemple de l’Afrique, où la Grande Muraille verte pour le Sahara et le Sahel « a déjà permis de créer 335 000 emplois ». Le Président du Fonds mondial pour la Nature (WWF International) est allé plus loin: Une transition positive pour la nature « pourrait générer jusqu’à 10 milliards de dollars en valeur commerciale annuelle et créer près de 400 millions d’emplois au cours de la prochaine décennie » si les conditions sont remplies.

Le Maroc de la partie

Dans son intervention au nom du Maroc à l’occasion de ce sommet, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, s’est joint à la communauté internationale pour plaider en faveur d’une action mondiale urgente pour faire face à la détérioration inquiétante de la biodiversité qui menace les écosystèmes à travers la planète.

Le contexte actuel marqué par la Covid-19 a rappelé à quel point la santé humaine et la nature sont intrinsèquement liées, a noté N. Bourita ajoutant que la protection des écosystèmes à travers la préservation de la biodiversité constitue, en effet, un moyen de prévention et de lutte contre la pandémie.

Si l’attention mondiale se concentre, actuellement, sur les conséquences de la crise sanitaire, la biodiversité ne doit pas pour autant perdre de sa primordialité, a rappelé le chef de la diplomatie marocaine. « La protection des écosystèmes n’est pas seulement une nécessité, c’est une urgence », a-t-il insisté, soulignant que les données sur la dégradation de la biodiversité dans le monde sont «vertigineuses», et ne doivent «pas seulement interpeller notre conscience, elles doivent appeler à l’action».

A ce titre, il a appelé à ce que la question de biodiversité sorte de l’agenda multilatéral pour trouver son équivalent dans le cadre d’une action collective concertée, d’une coopération solidaire et d’un mode de vie humain durable susceptible d’arrêter l’hémorragie actuelle.

Le ministre a saisi cette occasion pour rappeler les actions du Royaume pour la protection de sa biodiversité à l’image de la Stratégie et le Plan d’action national pour la diversité biologique, ainsi que l’Évaluation nationale de la biodiversité et des services éco-systémiques. Et fait observer que le Maroc a lancé, en février 2020, deux nouvelles stratégies baptisées « Génération Green 2020-2030 » et « Forêts du Maroc », visant, entre autres, la consolidation des acquis et l’implication de l’ensemble des acteurs dans la préservation de la biodiversité, tout en précisant que dans la même optique, un projet phare de plantation de 10.000 ha d’Arganier, sur une période de 6 ans a démarré, avec une enveloppe totale de 49,2 millions de dollars, cofinancée par le Royaume et le Fonds Vert pour le Climat.

Le Maroc s’est également engagé à présenter à l’Assemblée générale des Nations-Unies un projet de résolution visant la proclamation d’une journée internationale de l’Arganier, plante endémique, symbole de sa biodiversité ancestrale, a-t-il encore rappelé.

Conscient que la biodiversité est un patrimoine universel indivisible, le Maroc s’est joint aux autres pays africains pour placer sa préservation au cœur de l’opérationnalisation des trois Commissions climat, issues du Sommet africain de l’Action en faveur d’une co-émergence continentale, tenu en marge de la COP22 de Marrakech. Et de regretter que le continent africain, dont les écosystèmes revêtent une importance mondiale, ne reçoit pas la totalité des dividendes découlant de son capital naturel, expliquant que la biodiversité de l’Afrique connaît un déclin alarmant.

La surexploitation et la dégradation entraîneront la perte de 50 % des espèces d’oiseaux et de mammifères, et de 20 à 30 % de la productivité de ses lacs d’ici la fin du siècle. Enfin le ministre a annoncé que le Royaume a introduit parmi ses priorités, la mise en place d’une bonne gouvernance, la promotion des partenariats, l’élaboration d’une cartographie intelligente de la biodiversité, ainsi qu’un système de contrôle et de prévention.

Compte tenu également de l’importance de la biodiversité dans le développement socioéconomique du Maroc, des efforts considérables ont été consentis aussi bien en termes de refonte du cadre juridique, que sur le plan stratégique par la mise en place de la stratégie nationale du Développement Durable qui a consacré un des sept enjeux à «l’amélioration de la gestion et de la valorisation des ressources naturelles et le renforcement de la conservation de la biodiversité ».

Le Maroc ambitionne de faire de la biodiversité un pilier du développement durable et du bien-être de la société.

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