Domaine forestier entre le marteau et l’enclume: Les enjeux de durabilité et de compétitivité

Une nouvelle stratégie baptisée « Forêts du Maroc 2020-2030 » a été lancée voilà une année. Un premier bilan d’étape s’impose au regard des acquis obtenus. Surtout que les objectifs consistent à rattraper 30 ans de dégradation des espaces forestiers, à renforcer la compétitivité du secteur et assurer sa modernisation, à réconcilier les Marocains avec la forêt et à développer un patrimoine forestier pour toutes les générations et les tranches sociales, selon un modèle de gestion durable, inclusif et générateur de richesse…

Avec une superficie estimée à 9 millions d’hectares, la forêt marocaine remplit une fonction environnementale, économique et sociale. En effet, en plus de son rôle majeur en matière de conservation de la biodiversité et de protection des sols contre l’érosion, la forêt fournit des moyens de subsistance et de revenus aux populations riveraines sans oublier l’approvisionnement en bois d’œuvre et d’industrie ainsi que sa contribution au bilan énergétique.

Cependant, cette même forêt subit, annuellement, la dégradation de 17.000 ha de terres, la surexploitation des zones de pâturage et le prélèvement abusif du bois de feu d’où la nécessite d’une stratégie de gestion durable. Une cote d’alerte qui a retenti au point de diligenter le lancement, dès février 2020, la nouvelle stratégie baptisée «Forêts du Maroc 2020-2030 ». En se basant sur un modèle de gestion durable et générateur de valeur ajoutée, cette nouvelle stratégie se fixe des objectifs ambitieux à l’horizon 2030 notamment le repeuplement, à l’horizon de 2030, de 133.000 ha de forêts – en commençant par le reboisement de 50.000 ha chaque année en vue d’atteindre 100.000 ha reboisés chaque année à la fin de la stratégie – la création de 27.500 postes d’emploi directs supplémentaires, outre l’amélioration des revenus des filières de production et de l’éco-tourisme pour atteindre une valeur marchande annuelle de cinq milliards de DH.

Pour y arriver la stratégie s’est articulée autour de cinq orientations cardinales, en l’occurrence le développement, la durabilité, la participation, la productivité et la biodiversité. L’ambition étant de faire de la forêt un espace de développement qui consiste à changer le regard des usagers. Cet espace se veut également durable afin de faire respecter la ligne rouge des capacités forestières en vue de ne plus détruire le capital forestier et préserver toutes les ressources naturelles.

Telle que promue dans la stratégie, la forêt marocaine devrait être un espace participatif à travers l’engagement des usagers dans une gestion partagée pour atteindre les objectifs. La stratégie vise également de faire de la forêt un milieu productif à travers la mobilisation de tout le potentiel offert grâce au partenariat privé pour soulager la pression de l’exploitation informelle de ces lieux. Quant au volet biodiversité, cette orientation porte sur la sauvegarde du patrimoine naturel à travers un réseau d’espaces emblématiques.

Opérationnalisation détaillée

La mise en œuvre de cette stratégie repose quant à elle sur quatre axes majeurs. Le premier axe porte sur la création d’un nouveau modèle basé sur une approche participative, avec la population comme premier partenaire dans sa gestion. Cela passe à travers la création de plus de 200 organismes locaux de développement forestier, la contractualisation avec les usagers de la protection participative des 50.000 hectares d’arbres prévus d’être plantés annuellement, la création d’un nouveau corps de plus de 500 animateurs territoriaux pour jouer un rôle de médiation auprès de la population locale, en plus de la promotion d’amodiations de chasse auprès des associations et sociétés suivant le cahier de charges.

Le deuxième axe concerne, lui, la gestion et le développement des espaces forestiers selon leur vocation en encourageant l’investissement privé sur une superficie de 120.000 hectares d’eucalyptus et de pin, avec une identification stricte des obligations sociales des acteurs privés, ainsi que l’aménagement et la valorisation du réseau des dix parcs nationaux pour amorcer l’essor d’une filière écotouristique prospère.

Quant au troisième axe, il porte sur le développement et la modernisation des professions forestières en créant des pépinières forestières modernes avec des spécifications modernes en partenariat avec le secteur privé. Cela tout en veillant à préserver la caractéristique génétique des forêts nationales. La numérisation des moyens de gestion du secteur, la modernisation et le développement des parcours techniques forestiers comptent aussi parmi les leviers retenus.
Pour ce qui est du quatrième axe, il cible la réforme institutionnelle du secteur à travers la création de l’Agence des Eaux et Forêts, qui aura la charge de la gestion régalienne du domaine forestier privé de l’Etat en dehors des parcs nationaux, et l’Agence de la conservation de la nature qui sera en charge de la gestion des différentes zones des parcs nationaux. Il portera également sur l’adéquation du cadre juridique et la qualification des ressources humaines selon les spécificités des métiers et la création d’un pôle formation et recherche.

Exécution en marche

Conformément aux objectifs de la nouvelle stratégie forestière, le Département des Eaux et Forêts aurait déjà programmé une superficie de 600.000 hectares de plantations forestières sur les 12 régions du Royaume à raison de 50.000 hectares au début du programme pour atteindre 100.000 hectares à l’horizon 2030.

Ce programme de reboisement, issu de plans d’aménagement des différentes forêts marocaines qui feront l’objet de concertations avec les populations riveraines, comprendra l’arganier, le chêne liège, le chêne vert, le thuya, le cèdre, le caroubier, l’eucalyptus, le pins et d’autres essences forestières. Pour accompagner ce chantier structurant et atteindre ces objectifs, un programme ambitieux a été mis en place pour internaliser, professionnaliser et sécuriser l’activité semence.

Il s’agira aussi de mettre à niveau des installations, professionnaliser les processus, sécuriser les périmètres semenciers de toutes les espèces autochtones (Chêne-liège, cèdre, thuya, arganier, chêne vert…).

D’autres actions sont annoncées par le Département à commencer par la modernisation de quatre laboratoires des stations de semences, la responsabilisation des sociétés de production de plants pour leur approvisionnement en semences non-autochtones, l’institutionnalisation d’un processus de certification des semences forestières, en collaboration avec l’ONSSA, ou encore la mise en place d’une convention avec la SONACOS avec la mise en place d’un mécanisme de conservation/stockage des glands de chêne-liège.

Parallèlement à cela, des travaux d’aménagement et de mise à niveau des installations ont été lancés pour la création d’une pépinière publique moderne, au niveau de la forêt de la Maâmora, selon les standards internationaux pour en faire un modèle à l’échelle continentale et préserver la spécificité génétique des forêts marocaines. Dans ce cadre, 460 millions de plants seront produits à l’horizon 2030, et une nouvelle approche est mise en place pour que les 54 pépinières d’espèces forestières du Département des Eaux et Forêts soient progressivement confiées au secteur privé.

Enfin il est à signaler qu’une refonte institutionnelle importante est en cours par la création de l’Agence des Eaux et Forêts et l’Agence des Parcs Nationaux. Cette nouvelle gouvernance distinguant le domaine forestier des Parcs Nationaux, permettra d’assoir un nouveau modèle qui intègre les instances de dialogue avec les acteurs et structures locales en impliquant les populations d’une manière effective dans la gestion des ressources forestières, en plus d’assurer la mission de conservation et de valorisation des écosystèmes forestiers.

Gouvernance: Une agence nationale dans le pipe

Le Conseil de gouvernement a approuvé le projet de loi N°52.20 portant création de l’Agence nationale des eaux et forêts. Présenté par le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, ce texte s’inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie nationale “Forêts du Maroc 2020-2030” lancée par le Roi Mohammed VI, a indiqué Saaid Amzazi, Porte-parole du gouvernement, dans un communiqué lu lors d’un point de presse à l’issue du Conseil de gouvernement.

Cette stratégie vise à renforcer la compétitivité et la durabilité du secteur forestier à travers un modèle de gestion intégré et créateur de richesse qui place les populations avoisinantes au cœur du processus de gestion des forêts, a précisé S. Amzazi, notant que ce projet repose sur la création d’une Agence nationale des eaux et forêts qui remplace l’Administration des eaux et forêts dans l’exécution de la politique gouvernementale en matière de gestion des espaces forestiers et de lutte contre la désertification, et définit les règles de création et de gestion des réserves et parcs nationaux.

Le projet de loi prévoit également de définir les structures de gestion de l’Agence, son système financier et les ressources mises à sa disposition, ainsi que le statut des employés de l’agence, a-t-il conclu.

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