La fortune sourit aux audacieux, mais elle n’oublie pas les stratèges. Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a dévoilé une croissance de 4,8 % en glissement annuel, bien au-dessus des prévisions. Ce coup d’accélérateur casse les pronostics des analystes qui misaient sur un rythme modéré. Au-delà des chiffres, c’est un signal fort envoyé aux investisseurs : le Maroc n’est pas seulement stable, il est capable de surperformer même dans un environnement mondial incertain.
Infrastructures : le bâti qui propulse la croissance
Le secteur du bâtiment et des travaux publics a été un moteur inattendu de cette embellie. La montée en charge de Tanger Med II, l’extension du tramway de Casablanca et les chantiers de dessalement ont dopé la valeur ajoutée de 6,3 %, contre 2,5 % un an plus tôt. Anas Elmoudni, directeur du développement à Tanger Med, souligne qu’“une logistique fluide attire les investisseurs et crée un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie locale.” Les dépenses publiques d’équipement ont grimpé de 15 %, confirmant la stratégie de grands projets du Plan de relance.
Agriculture : résilience et innovation
Longtemps volatile, l’agriculture renaît grâce au Plan Génération Verte 2020–2030. Après quatre trimestres de contraction, le secteur primaire reprend de la vigueur (+ 4,5 %), soutenu par l’irrigation intelligente et l’introduction de semences résistantes à la sécheresse. Najib Akesbi, économiste à l’IRMC, rappelle que “la diversification des filières irriguées est une condition sine qua non pour atténuer les effets du stress hydrique.” L’export d’agrumes et de primeurs a bondi de 18 %, alimentant la balance extérieure malgré un contexte climatique difficile.
Tertiaire et demande intérieure : une dynamique interne
Le tertiaire affiche une croissance de 4,7 %, porté par l’hôtellerie-restauration (+ 9,7 %) et les services sociaux (+ 6,2 %). L’essor du mobile banking et la digitalisation des administrations renforcent l’inclusion financière, avec 2 millions d’utilisateurs actifs sur applications bancaires. La consommation des ménages progresse de 4,4 %, sous l’effet d’une inflation maîtrisée à 2,1 %. “Non progredi est regredi” : ne pas avancer, c’est reculer. La demande intérieure reste le pilier d’une croissance pérenne.
Perspectives et défis : pérenniser l’élan
Fitch Solutions a d’ores et déjà relevé sa prévision pour 2025 à 4,5 % et anticipe 4,8 % en 2026 grâce à la poursuite des grands événements sportifs et des investissements publics. Toutefois, l’endettement extérieur, un déficit structurel de 4,5 % du PIB et les tensions géopolitiques exigent vigilance : “Sans réforme fiscale profonde et meilleure gestion des ressources, la trajectoire pourrait s’émousser”, met en garde Leïla Chakir, chercheuse à l’Université Mohammed V. Bank Al-Maghrib envisage un nouvel abaissement du taux directeur pour soutenir le crédit. Verba volant, scripta manent : paroles envolées, chiffres inscrits.
Le Maroc a défié les pronostics, porté par ses infrastructures, son agilité agricole et la vigueur de sa demande interne. À présent, l’enjeu est clair : transformer cet exploit conjoncturel en développement durable et inclusif. Reste à dessiner un horizon vertueux : réforme fiscale, transition énergétique et diversification industrielle écriront la prochaine page de l’épopée marocaine.










