Bilan

Textile: Comment le sourcing de proximité pourrait profiter aux industriels marocains

Les mutations profondes que connait certains pans de l’économie ont entrainé une reconfiguration des chaînes de valeur mondiales. L’industrie textile en est le parfait exemple. Privilégiant un sourcing de proximité, les grandes entreprises européennes dans le secteur du textile déplacent leurs industries de l’Asie. Une aubaine pour le Maroc si, toutefois une offre innovante, décarbonée et socialement responsable est à l’ordre du jour.

Les grandes entreprises de vêtements et de chaussures américaines et européennes sont en train de déplacer la production de l’Asie vers des pays plus proches, annonce l’agence Reuters mardi 9 novembre.

Le Maroc fait partie des bénéficiaires de cette reconfiguration des chaînes de valeur mondiales du textile, aux côtés de la Turquie et de quelques pays d’Europe de l’Est. Aussi, les opérateurs marocains y voient une opportunité unique pour repositionner le Maroc comme un acteur majeur du secteur.

Le groupe espagnol Mango, par exemple, a décidé d’accélérer son processus de rapatriement de la production vers des pays tels que le Maroc, la Turquie et le Portugal, alors qu’il assurait son sourcing principalement de la Chine et du Vietnam jusqu’alors.

Mango n’est pas le seul! D’autres grands groupes comme l’espagnol Inditex et le français Camaïeu sont là pour étayer cette tendance qui se confirme pour tout le bassin méditerranéen.

si les coûts de la logistique peuvent constituer une cause conjoncturelle, la crise du Covid-19 et l’augmentation du niveau des salaires en Chine ont fait prendre conscience aux marques de vêtements mondiales qu’il fallait privilégier le sourcing de proximité. Une tendance qui devrait s’installer dans le temps.

D’ailleurs,  des distributeurs qui avaient l’habitude d’acheter exclusivement en Asie viennent désormais faire leurs courses au Maroc. En effet, des acteurs d’Europe du Nord, comme les Britanniques, arrivent en masse pour se renseigner sur l’offre et les capacités marocaines.

Renforcer l’offre Maroc

Toutefois, s’il est vrai qu’il y a une tendance qui se dessine, aussi favorable soit-elle pour le Maroc, il faut qu’elle soit accompagnée d’une volonté du secteur privé et des pouvoirs publics de profiter de ce momentum. D’ailleurs, le Maroc n’a pas connu une opportunité aussi importante de redevenir un acteur textile majeur depuis les années 1980.

Accès illimité

Dès lors, il conviendrait de mettre tous les atouts de son côté si le secteur envisage de regagner en compétitivité. Et surtout ne pas retomber dans les mêmes tares d’antan. Allusion faite ici à l’un des épisodes les plus douloureux que certains professionnels ont vécu par manque d’assurance-crédit pour couvrir les risques à l’export notamment. Le cas Naf Naf en est la parfaite illustration. Une expérience douloureuse qu’ont subi des sous-traitants marocains avec l’entreprise française qui s’est retrouvée en défaut de paiement.

D’autres facteurs clés de réussite non négligeables sont également à prendre en compte. Il s’agit de la nécessité d’encourager  l’émergence d’agrégateurs marocains qui se positionnent entre les producteurs sous-traitants et les distributeurs. Car ces nouveaux clients du textile marocain achètent majoritairement un produit fini. Or l’offre marocaine est encore faible sur ce créneau-là.

D’ailleurs, si le le textile s’est développé à Tanger, c’est principalement grâce à quelques agrégateurs espagnols. Aussi, pour franchir ce palier, il faut soutenir le développement d’agrégateurs marocains. Du coup l’amont de la filière, qui est un autre maillon faible du secteur, va naturellement suivre…

En effet, ces agrégateurs ont un savoir-faire que les fabricants traditionnels n’ont pas. La créativité, le marketing, la logistique, la technique de mise au point… autant de compétences qui manquent au fabricant traditionnel marocain, qui se spécialise souvent dans l’assemblage.

Concurrence oblige

Si le Maroc parvient à tirer, tant bien que mal, son épingle du jeu, c’est toutefois la Turquie qui en profite le plus. Il est vrai que la dévaluation continue de la lire turque profite à leurs exportations. Mais il serait incorrect de réduire la compétitivité turque à la seule question monétaire. Il faut le reconnaître : ils ont une offre très diversifié, intégrée, compétitive et créative. Il se sont aussi engagés massivement vers la décarbonation et les textiles éco-responsables.

Par ailleurs, lorsqu’un industriel turc achète un tissu chinois, il exporte au Maroc avec zéro droit de douanes. Alors que le même tissu chinois, lorsqu’il est acheté par un industriel marocain, fait payer à ce dernier 12,5% de droits de douanes. Aussi, les industriels marocains sont taxés non seulement à l’achat, mais aussi à la vente sur la valeur ajoutée .

Le fait est que c’est  en proposant aux distributeurs européens un produit fini innovant, décarboné et socialement responsable que le produit marocain pourra remporter de nouveaux marchés. Car le client final aujourd’hui est particulièrement exigeant sur ces éléments.

 

 

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