Dans un contexte de défiance envers les partis traditionnels, le chef du gouvernement orchestre une réorganisation tactique du RNI. Au cœur de son dispositif, une cellule électorale pilotée par Rachid Talbi Alami, l’arrivée de jeunes talents et un maillage territorial poussé. Derrière ces ajustements se profile une ambition claire : renforcer l’ancrage local, lancer un signal fort à l’opposition et préparer le parti à dominer les relais de pouvoir dans les régions clés du Royaume.
Un parti en pleine recomposition
À seize mois du scrutin, Aziz Akhannouch opère un virage dans ses méthodes. Désormais, le RNI s’appuie sur « Massar Al Injazat », une phase de tournée nationale lancée depuis Dakhla, destinée à valoriser les réalisations gouvernementales et à dialoguer directement avec les citoyens. Cette offensive de communication s’accompagne d’une nouvelle gouvernance interne : délégation accrue des responsabilités, simplification des circuits décisionnels et création de cellules thématiques régionales. Par cette mutation, le chef du gouvernement entend démontrer qu’il est à la fois stratège et manager, loin de la figure d’un leader technocrate reclus à Rabat.
Figures montantes : les nouveaux visages du RNI
Pour dynamiser son appareil, Akhannouch a misé sur une relève générationnelle. Ichrak Moubsit, ancienne plume ministérielle, pilote la communication économique à travers un cabinet public-privé, tandis que Yassine Oukacha, député charismatique, incarne la jeunesse sur le terrain. Lahcen Essaadi, transfuge du PJD, apporte une caution réformiste, et Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement, garantit la cohérence des messages. Enfin, Mohamed Kabbaj, magnat de l’enseignement privé, joue la carte du maillage territorial à Marrakech. Chacun de ces acteurs, enraciné dans sa région, sert d’amplificateur aux consignes d’Akhannouch, traduisant la « territorialisation des résultats » promise.
Envoyer des signaux à l’opposition et à l’électorat
Dans un pays où la méfiance envers la classe politique reste forte, le RNI assume un ton offensif. Sans nommer ses rivaux, Akhannouch critique la « stérilité des discours » et se présente comme le garant d’un pragmatisme efficace. Cette posture vise autant le PAM et l’Istiqlal que l’opposition de la rue, incarnée sporadiquement par les mouvements de protestation sociale. En affirmant « finis sanctificat media », il rappelle, selon Machiavel, que la fin justifie les moyens : le parti privilégie les réalisations concrètes aux joutes idéologiques pour gagner la confiance populaire.
Stratégie territoriale et bases locales
La vraie bataille se jouera loin des cénacles de Rabat. Le RNI a déployé des cellules dédiées dans les douze régions, ciblant particulièrement les jeunes, les femmes et les zones rurales où l’abstention atteint des records. Chaque bureau régional adapte son discours aux enjeux locaux : développement agricole dans le Souss-Massa, tourisme durable à Dakhla ou industrie au Nord. Cette granularité permet de répondre aux attentes spécifiques tout en tissant des liens de proximité. Le recours aux « Nikach Al Ahrar », débats publics ouverts, illustre cette volonté de co-construction territoriale.
Alliances internes et freins à surmonter
Si le RNI se veut rassembleur, il doit gérer des tensions au sein de la coalition gouvernementale. Les alliés du PAM et de l’Istiqlal ne cachent pas leur impatience, alors que certains ministres subissent déjà des critiques médiatiques sur leur bilan. Le défi d’Akhannouch sera d’arbitrer ces rivalités sans fracturer la majorité, tout en maintenant un cap social-démocrate, cher au RNI. Par ailleurs, la nécessité d’intégrer les élites locales et de consolider un réseau de notables impose de ne pas dévoyer la promesse de rajeunissement, sous peine de reproches de clientélisme.
Avec ses manœuvres, Aziz Akhannouch trace les contours d’un RNI plus agile et plus ancré. Mais la victoire de 2026 passera par l’exécution sans faille de cette stratégie territoriale et par la capacité à transformer un parti technocratique en véritable machine de coalition populaire. La vraie question est désormais : cette mécanique électorale saura-t-elle résister aux imprévus de la campagne et aux transformations du paysage politique marocain ?










