Réhabiliter le deuxième sexe: C’est faire le plein d’égalité et d’heureux !

La société marocaine, prétendument conservatrice, est agitée dans ses tréfonds par des questions transverses qui expriment un déphasage entre l’acquis culturel et cultuel et la vie de tous les jours. Un autre projet de société en mal d’installation, favorisant une égalité pleine et entière entre les sexes, exprime, sans ambages, une aspiration contrariée.

L e 8 mars est célébré, chaque année, avec les mêmes discours. Ou presque. D’un côté, les décideurs politiques se complaisent dans l’énumération des acquis, comme c’est le cas pour des têtes d’affiche du PJD qui sont au charbon (alors qu’ils ont été parmi les premiers, il faut s’en souvenir, à contrarier le projet progressiste porté par Mohamed Said Saadi, un cacique du PPS qui officiait dans le gouvernement d’alternance consensuelle visant « l’intégration de la femme au développement »), Saad Eddine El Othmani en tête. Et de l’autre, une kyrielle d’ONG qui bataillent –qui pour l’égalité entre les genres, qui pour la parité-, pour tirer vers le haut un pan entier de la société marocaine constituée par la gente féminine.

Mais entre les deux, dans la pratique quotidienne, les Marocains qui n’ignorent pas que les femmes représentent plus de 50% de la population légale, n’en finissent pas de faire le décompte des méfaits engendrés par une armature légale désuète. Les jeunes filles, à peine pubères dans bien des cas, continuent de subir le mariage forcé que d’aucuns font vite d’imputer aux us et coutumes, oblitérant en cela les considérations économiques derrière un tel lâchage.

Certes, des garde-fous ont été imaginés par le législateur en vue de freiner une pratique d’un autre temps. Notamment en accordant un blanc-seing aux magistrats en charge de gérer ce genre de dépassements, rejet comme aval des « justes noces » étant à la discrétion du juge consulté.

Mais le mal être ainsi induit se trouve vite traduit dans les faits de société, la chronique des adultères et des divorces prononcés à l’emporte pièces, y compris hors cadre légal, étant légion. Dans ce registre, comme dans d’autres, la rupture est loin d’être nette d’avec les us et coutumes d’antan. Et ce n’est absolument pas par hasard que la chronique politique réservé aux amateurs des faits divers nombre d’anecdotes des plus croustillantes. Surtout lorsqu’il est question de « dévoiler » les pratiques qui se déroulent loin des regards parmi les partisans mêmes de « la sauvegarde de la vertu ». Ministres comme prêcheurs de la bonne parole rissolent dans la marmite qui expire un mal-être « commun».

Faut-il s’étonner dès lors à ce que la société, en mal de repères, figure parmi les plus enclines, dans l’espace arabo-musulman, à consommer du « porno » ? Est-il hérétique de voir des collectifs monter la sauce contre la pénalisation des relations sexuelles hors mariage entre adultes consentants ?

La campagne « #Stop 490 » est encore dans les mémoires des partisans, comme des contempteurs, du collectif « Hors la Loi » qui meuble nos murs depuis 2019. Sans pour autant que le débat byzantin dont il était gros n’ait réussi à enfanter le moindre intérêt chez le législateur. Autant dire que pour les décideurs, c’est la logique du « vivons cachés, vivons heureux» qui continue à primer.

Pourtant, l’injustice dans cette affaire-là est le lot de la femme à laquelle on colle vite-fait toutes sortes d’étiquettes aussi dégradantes qu’avilissantes. Et ce n’est certainement pas demain la veille que les choses changeront en quoi que ce soit, et dans le bon sens s’entend, sans l’implication plus forte des formations politiques qui, valeur aujourd’hui, plient honteusement l’échine devant une libération des mœurs… Celle-là même qui se pratique loin des regards. Triste constat. Qui doit interpeller sociologues et anthropologues quant au classement du Royaume parmi les nations dans l’indice Happiness. Heureux qui trouvera la réponse…

Du pain sur la planche

L’égalité entre sexes reste une chimère dans un pays qui, sous l’impulsion royale, a su comment négocier une réforme de la Moudawana, en son temps révolutionnaire, et inscrire l’Égalité au fronton de la loi suprême. Dans les faits, des questions cardinales restent en suspens. Comme c’est le cas pour l’égalité dans l’héritage qui, malheureusement, pénalise toujours les femmes. Les exégètes ne manquent pas pour procéder au déverrouillage d’un legs aussi passéiste que rétrograde. Pour peu que la volonté politique suive.

Une volonté qui s’est exprimée, faut-il le rappeler, en cette période de pandémie qui a mis, pour un temps, les mosquées hors circuit. N’est-il pas opportun pour nos islamologues d’oser le changement en s’attaquant à un mal diffus qui mine la société en consacrant l’inégalité entre genres ? Déjà en 2015, le «Rapport sur la Parité» élaboré par le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) avait clairement énoncé que «la législation successorale inégalitaire participe à augmenter la vulnérabilité des femmes à la pauvreté».

Bien entendu, le tableau que tout observateur averti dépeindrait en matière d’égalité dans le pays étalerait toutes les nuances du gris. Certes, bien des indicateurs montrent des avancées en matière de statut des femmes au Maroc depuis les années 2000, y compris concernant leurs droits au sein de la famille, notamment via la réforme du Code de la famille de février 2004. Faisant que le Maroc souscrive à la lutte contre les inégalités hommes-femmes considérée comme un facteur de développement et de cohésion sociale, comme l’exigent les Objectifs de développement durable 2015-2030 de l’ONU, qui font grand cas de l’égalité entre les sexes.

Cette réforme avait consacré l’égalité entre les époux dans la direction du foyer, à travers leur coresponsabilité au sein de la famille – et, par là même, la disparition du concept de l’homme chef de famille. Elle a même instauré le droit de la femme à demander le divorce, prérogative trustée naguère par les hommes par le biais de la répudiation. Désormais, la possibilité du divorce pour mésentente est prévue au même titre que la fixation de l’âge du mariage à 18 ans pour filles et garçons et l’abolition de la tutelle sur la femme majeure, laquelle pourrait convoler en justes noces sans l’accord d’un tuteur.

Cette réforme avait également touché l’intérêt de l’enfant, en permettant pour la première fois en matière d’héritage aux petits-enfants du côté de la fille d’hériter de leur grand-père, au même titre que les petits-enfants du côté du fils. Autoriser les petits-enfants de la fille d’hériter de leur grand-parent maternel avait constitué une innovation de la loi marocaine, y compris par rapport à la loi islamique.

Plus, le code de 2004 avait établi pour la première fois le droit de l’enfant illégitime à la reconnaissance de sa paternité dans le cas où il serait né d’une relation hors mariage en raison de force majeure, élargissant le champ des preuves légales à présenter au juge, alors qu’auparavant, la règle était la non-reconnaissance systématique de l’enfant né hors mariage.

En dépit de toutes ces avancées qui n’ont pas manqué de «heurter» bien des limites «légales», des déséquilibres ont survécu à cet « élan » émancipateur ce qui conduit à dire que des chantiers restent ouverts pour consolider et généraliser la matérialisation de l’égalité hommes-femmes au Maroc ainsi que la protection des droits des femmes, plus en conformité avec l’article 19 de la Constitution qui consacre le principe d’égalité sur le plan des droits pour tous les Marocains.

Preuve en est que le mariage entre une femme marocaine musulmane et un non-musulman non converti à l’islam n’est pas permis en droit marocain. Pis, si la femme marocaine musulmane épouse – hors du Maroc – un non-musulman non converti à l’islam, les enfants nés de cette union sont considérés comme des enfants non légitimes au regard de la loi marocaine, qui ne reconnaît pas cette union. Ce travers ne concerne pas, bien entendu, l’homme marocain.

Ce n’est certainement pas là une question superflue, voire «un détail» qui ne mérite pas l’intérêt et des décideurs et du législateur. Surtout que l’égalité reste une et indivisible, comme l’énonce clairement la loi suprême.

Mais là où l’inégalité se corse, c’est au niveau du marché de l’emploi formel où l’accès de la femme est encore limité à hauteur de 22% seulement. Le discours sur l’autonomisation des femmes reste dès lors superflu lorsqu’on a ce pourcentage en tête. Et le pire dans l’histoire c’est qu’en termes de chômage, l’inégalité est renforcée entre sexes, le gros lot reste du côté des femmes qui en constituent 14%, contre 7% pour les hommes, d’après les enquêtes du Haut commissariat au plan (HCP).

Une vulnérabilité qui prend une autre dimension lorsqu’on sait que 18,4 % des ménages au Maroc sont dirigés par des femmes, dont 22 % vivant seules, et dont une majorité sont sans qualification, précise le HCP. La situation prend une tournure dramatique lorsqu’on sait que sept femmes chefs de ménage sur dix sont veuves ou divorcées, 65,6 % parmi elles sont illettrées et la majorité (75 %) est inactive.

Seul bémol, les chiffres qui s’expriment dans l’éducation sont quelque peu réconfortants au regard du taux de réussite parmi les filles. A ce niveau-là, les garçons sont largués…

Faut-il s’étonner dès lors de voir l’Unesco indiquer dans son dernier rapport sur la science publié le 11 février 2021 que le Maroc, à l’instar d’autres pays arabes, compte un pourcentage important de femmes diplômées en ingénierie (42,2 %), alors qu’il est très faible dans le monde, y compris dans les pays de l’OCDE, avec des taux qui n’atteignent pas les 28 % (20 % aux USA, 26 % en France, 14 % au Japon).

Pourvu que ça dure ! Et que plutôt que de verser dans l’auto-gloriole, les décideurs prennent leur courage à deux mains pour imprimer la vraie dynamique voulue par la société. En changeant de cap et en opérant les ruptures qui s’avèrent nécessaires. Les Marocaines, comme les Marocains, n’en seraient qu’heureux !

laissez un commentaire

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En savoir plus