Jusqu’alors, bureaux d’études et entreprises se réfèrent tour à tour aux Eurocodes, aux normes françaises ou à des prescriptions locales, générant complexité et coûts supplémentaires. Avec l’arrivée de bétons fibrés, autoplaçants ou géopolymères, l’absence d’un référentiel national unique devient un frein à la compétitivité et à la fiabilité des constructions. Le ministère de l’Équipement vient de lancer un chantier réglementaire pour élaborer un code national de calcul du béton armé, appelé à devenir la référence obligatoire pour tous les maîtres d’œuvre et coordonnateurs de projet.
Normes concurrentes et sécurité
Le recours simultané à plusieurs référentiels expose le secteur à des incohérences techniques. Les paramètres de sécurité peuvent varier d’un texte à l’autre, tout comme les méthodes de vérification des sollicitations sismiques, de la flèche ou du cisaillement. En l’absence d’un socle commun, chaque projet engage des arbitrages parfois contradictoires, susceptibles de prolonger les délais d’instruction et de fragiliser la responsabilité des acteurs en cas de sinistre.
Harmonisation, innovation et compétitivité
La création d’un référentiel national permettra de normaliser les marges de sécurité tout en simplifiant la formation des ingénieurs et des techniciens. En intégrant dès le départ les bétons bas carbone et les solutions éco-conçues, le code ouvrira la voie à l’industrialisation de procédés plus durables. Cette harmonisation ne vise pas à freiner l’expérimentation, mais à offrir un cadre clair où l’innovation pourra se développer sans remettre en cause la robustesse des ouvrages.
Gouvernance du chantier réglementaire
Un comité interprofessionnel, réunissant représentants du ministère, experts académiques, ingénieurs et industriels, pilote la rédaction du nouveau code. Après un état des lieux des pratiques existantes, la démarche prévoit une phase de consultation publique et la mise à disposition de guides d’application accompagnés de logiciels homologués. Le calendrier annonce une publication du référentiel fin 2026, suivie d’une période transitoire de deux ans pour la migration des projets en cours.
En dotant le Royaume d’un référentiel national de calcul du béton armé, les autorités posent les jalons d’un secteur du génie civil plus sûr, plus compétitif et plus innovant. Au-delà d’un simple exercice technique, cette réforme se présente comme un levier de souveraineté industrielle et un gage de durabilité des infrastructures marocaines.










