La confiance des ménages dans la trajectoire économique de leur pays n’avait plus inscrit de chiffres positifs depuis le premier trimestre 2024. Avec un ICM qui s’établit désormais à 54,6 points contre 46,6 au trimestre précédent et 46,1 un an plus tôt, les Marocains semblent renoncer à une partie de leur pessimisme. Toutefois, ce sursaut ne s’accompagne pas d’une rémission complète des craintes structurelles liées au niveau de vie, à l’emploi et à l’inflation. Dans ce contexte, décrypter les raisons de cette embellie et ses limites s’avère indispensable pour évaluer la santé réelle des ménages.
Une embellie portée par tous les indicateurs
L’amélioration de l’ICM au deuxième trimestre reflète une progression généralisée des composantes du moral domestique. Même le sentiment sur l’évolution passée du niveau de vie, traditionnellement le plus négatif, voit son solde s’atténuer de plus de sept points, passant de −76,5 à −69,2 points. Du côté de l’emploi, les anticipations d’une hausse du chômage restent majoritaires, mais le solde d’opinion s’est redressé de 16 points, suggérant une inflexion dans la perception du marché du travail. Cette dynamique résulte en partie d’un meilleur cadrage des politiques publiques, notamment sur les filets sociaux, et d’un regain d’optimisme lié aux perspectives de croissance pour 2025.
Des fragilités toujours à l’œuvre
Malgré cette remontée, l’ombre de l’inflation plane toujours sur le quotidien des ménages. Plus de neuf ménages sur dix estiment que les prix alimentaires ont encore augmenté au cours des douze derniers mois, un ressenti qui alourdit le solde à −92,5 points, bien que celui-ci se soit redressé de cinq points par rapport au printemps dernier. Par ailleurs, la capacité d’épargne reste anecdotique : seuls 8,7 % des foyers envisagent de mettre de l’argent de côté, tandis que l’immense majorité se trouve contrainte de puiser dans ses réserves. Ce paradoxe—confiance en hausse et sentiment d’appauvrissement persistant—illustre la tension entre des indicateurs macroéconomiques plus favorables et une réalité quotidienne toujours sous pression.
Vers quelles implications pour les décideurs ?
La trajectoire de l’indice met en lumière l’urgence d’articuler résilience économique et protection des ménages. Si la moindre crispation sur le chômage peut être saluée, elle ne saurait suffire à garantir un rebond durable du pouvoir d’achat. Les autorités gagneraient à renforcer les mécanismes de soutien ciblé, en s’appuyant sur une meilleure modulation des subventions alimentaires et sur le développement d’outils d’épargne adaptés aux classes moyennes fragilisées. Faute de mesures coordonnées, la confiance pourrait rapidement retomber, annulant le bénéfice de cette embellie passagère.
Le regain de confiance enregistré au deuxième trimestre dessine une lueur d’espoir pour les ménages marocains, mais ne doit pas masquer les vulnérabilités persistantes. Pour transformer cette embellie en tendance solide, il faudra des politiques économiques à la fois audacieuses et attentives aux oscillations du quotidien.










