« Tempora mutantur, nos et mutamur in illis » : les temps changent, et nous devons changer avec eux. Face à la stagnation du marché de l’emploi, le Chef du gouvernement a dévoilé fin février une circulaire identifiant huit axes stratégiques, assortis d’une enveloppe budgétaire de 15 milliards de dirhams. Objectif : créer 1,45 million de postes d’ici 2030, faire chuter le taux de chômage à 9 % et inscrire le travail décent au cœur de la dignité citoyenne. Cette vision s’appuie sur la conviction que la croissance économique ne saurait être pérenne sans un emploi stable et des compétences adaptées à la demande.
Coordination renforcée entre OFPPT et ANAPEC
Au cœur de la feuille de route, la convergence entre l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion de l’Emploi (OFPPT) et l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et des Compétences (ANAPEC) se veut révolutionnaire. Fini les programmes cloisonnés : chaque demandeur d’emploi bénéficiera d’un parcours intégré, de l’orientation initiale à l’insertion professionnelle, grâce à une plateforme numérique partagée. « Nous voulons généraliser le stage professionnel et renforcer la formation continue, notamment pour les non-diplômés », a martelé Aziz Akhannouch lors d’une série de réunions à Rabat. Cette synergie vise à élargir l’apprentissage et à aligner les cursus technico-professionnels sur les besoins réels des entreprises.
Mobilisation du secteur privé et des TPME
« Industriae quae sunt futura, praepares » : préparez les industries de demain. Les très petites, petites et moyennes entreprises sont au centre du dispositif. Le gouvernement encourage l’investissement privé à travers la Charte de l’investissement, incitant les TPME à accéder à des financements et à des formations en gestion. La Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) est associée aux comités sectoriels, garantissant une écoute permanente du monde de l’entreprise. L’objectif n’est pas seulement de créer des emplois, mais d’accompagner durablement la croissance des talents et de renforcer la compétitivité nationale.
Grands chantiers et levier d’emploi
L’emploi sera également stimulé par les grands chantiers publics. Le secteur du BTP, particulièrement, doit générer plus de 100 000 postes par an, entre extension du réseau autoroutier, construction de logements sociaux et déploiement des énergies renouvelables. À cette mécanique s’ajoutent les programmes verts de restauration des sols et de préservation des ressources hydriques, encadrés par de nouveaux métiers de l’économie circulaire. Ces travaux incarnent la dimension « emploi-opportunité » de la feuille de route : des carrières durables, au service d’une transition écologique.
Les attentes des jeunes diplômés
Le mal-être des jeunes diplômés alimente la perception d’un « gaspillage de cerveaux ». Les enquêtes montrent que près de 60 % d’entre eux jugent l’orientation professionnelle « inadéquate » et réclament un suivi personnalisé. Pour répondre à ces attentes, la feuille de route prévoit un mentorat par des alumni, des incubateurs publics-privés et un dispositif de « pass emploi » réunissant offres du public et du privé. Le pari est de donner un sens immédiat à la formation, faire du premier emploi un tremplin plutôt qu’un cul-de-sac.
Défis et perspectives
Si le gouvernement assure que 351 000 postes non agricoles ont été créés au premier trimestre 2025 et que le taux de chômage a déjà reculé de 0,4 point, l’épreuve de vérité reste l’exécution des programmes et la qualité des emplois générés. Gouvernance, suivi des indicateurs et responsabilisation des acteurs publics et privés seront déterminants. Parallèlement, la réforme fiscale et la modernisation du marché du travail doivent s’accorder pour lever les barrières à l’embauche.
Cette offensive sur l’emploi jette les bases d’un nouveau pacte social. Reste à transformer les chiffres en parcours réussis et à faire de ce plan une référence pour lutter contre le chômage. L’emploi durable, clé de voûte de la cohésion nationale, n’en est qu’à ses premiers pas.










