La manifestation à l’hôpital Hassan II d’Agadir, survenue le 14 septembre 2025, a agi comme un révélateur brutal. Six décès maternels en quelques semaines ont suffi à faire basculer un malaise latent en crise ouverte. Le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, s’est déplacé en urgence. Il a annoncé des sanctions, des investissements et des réformes. Mais ces réponses suffisent-elles à traiter les causes profondes ? Cette analyse met en perspective les décisions prises et les enjeux systémiques qu’elles soulèvent.
Un hôpital pivot, fragilisé par des dysfonctionnements chroniques
Le rapport préliminaire de la commission centrale évoque des absences récurrentes du personnel, un manque d’équipements et de médicaments, ainsi que des pannes non résolues. Ces constats ne sont pas nouveaux. Le centre hospitalier régional Hassan II absorbe une demande croissante sans disposer des moyens proportionnés. La manifestation a mis en lumière une tension chronique entre les ambitions affichées et les capacités réelles.
Des mesures immédiates : nécessaires mais insuffisantes
Le ministre a annoncé la révocation du directeur du centre hospitalier, ainsi que de plusieurs responsables régionaux et provinciaux. Il a également promis la maintenance des équipements, l’arrivée d’un nouveau scanner, et le renforcement des services d’accueil, d’hygiène et de gardiennage. Une enveloppe de 200 MDH est mobilisée pour l’aménagement du centre, en partenariat avec le Conseil régional de Souss-Massa. Ces gestes sont forts, mais ils ne répondent qu’à la surface des problèmes.
Une réponse logistique qui reste à concrétiser
La promesse d’un nouveau scanner et la désignation de nouvelles sociétés de services sont des signaux positifs. Mais la question de la régularité des approvisionnements, de la stabilité des équipes médicales et de la gouvernance hospitalière reste entière. Sans pilotage par indicateurs publics, ces annonces risquent de se diluer dans le temps. La colère citoyenne affichée lors de la manifestation à l’hôpital Hassan II d’Agadir exige une réponse mesurable, pas seulement visible.
Le CHU d’Agadir : horizon ou diversion ?
Le ministre a rappelé l’accélération du chantier du CHU d’Agadir, qui offrira plus de 900 lits et de nouvelles spécialités. Ce projet est structurant, mais il ne doit pas servir de paravent. La crise actuelle concerne un hôpital existant, en fonctionnement, et dont les défaillances ont coûté des vies. La construction d’un CHU ne dispense pas d’une réforme immédiate du centre hospitalier régional Hassan II.
Une enquête en cours, mais quelle transparence ?
Une commission de l’inspection générale du ministère est chargée d’enquêter sur les décès enregistrés. Mais aucune information n’a été donnée sur les délais, la méthodologie ou la publication des résultats. Dans un contexte de défiance, seule une transparence totale peut restaurer la confiance. La manifestation à l’hôpital Hassan II d’Agadir a posé une exigence claire : rendre des comptes, publiquement et rapidement.
La crise d’Agadir ne se résume pas à une série de décès tragiques. Elle révèle les failles d’un système hospitalier sous tension, où les promesses peinent à se traduire en actes. Les mesures annoncées par le ministre sont un premier pas. Mais sans indicateurs publics, sans suivi indépendant, et sans réforme de fond, elles risquent de rester cosmétiques. La manifestation à l’hôpital Hassan II d’Agadir a ouvert une brèche. À l’État de prouver qu’elle ne se refermera pas sans transformation réelle.










