L’intégration du secteur agricole plombée par les problématiques de commercialisation

Indéniablement, la commercialisation des produits agricoles demeure l’un des freins majeurs à l’intégration du secteur agricole marocain. Une refonte urgent de la chaine et des espaces de commercialisations reste un impératif majeur pour rompre avec les spéculations et mettre fin à la «multiplication des intermédiaires.

Les performances enregistrées par le secteur agricole marocain n’ont pas pu renforcer l’articulation entre la production et la commercialisation qui demeure «l’une des problématiques majeures de l’agriculture au Maroc», a estimé cette semaine le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Dans un avis sur cet enjeu, le conseil a reconnu que la commercialisation «continue à freiner une réelle intégration de l’amont et de l’aval du secteur agricole malgré son importance dans la chaine de valeur».

Rappelant qu’elle reste «influencée par des facteurs déterminants ayant trait à l’alternance des productions, à la saisonnalité des cultures, à la périssabilité des produits frais, aux pertes et gaspillage des produits agricoles et à la variabilité climatique», l’avis note que les problèmes liés à la commercialisation «différent d’une filière à l’autre», étant donné que ses modes sont complétement différents et les difficultés y afférentes ne peuvent pas être appréhendées de la même manière. «Ces problèmes de commercialisation diffèrent également selon la taille des exploitations agricoles», puisque «les petits et moyens agriculteurs, peu organisés et insuffisamment outillés en compétences et en moyens, rencontrent régulièrement plusieurs difficultés en matière d’écoulement de leurs produits».

Haro sur la spéculation

L’avis évoque ainsi les obstacles rencontrés par chaque filiale agricole, pointant la «faible capacité des petits et moyens agriculteurs à maitriser les connaissances et à intégrer la chaine de commercialisation», tout comme la «prolifération de la taille et du nombre des intermédiaires».

Pour le conseil dirigé par Ahmed Réda Chami, «ces intermédiaires accentuent de manière significative la spéculation au niveau de l’aval de la filière agricole dont les conséquences sont palpables aussi bien sur le producteur que le consommateur notamment pour les fruits et légumes, mais aussi lorsque le processus de commercialisation n’est pas accompagné par un contrôle continu, intensif et suffisant».

L’avis s’intéresse aussi aux «programmes et mesures entrepris» par les autorités marocaines, regrettant que ceux-ci «n’ont pas eu des incidences majeures sur le processus de commercialisation des produits agricoles».

Réforme impérative

Pour l’instauration d’une commercialisation équitable des produits agricoles, intégrant les impacts sanitaires, sociaux, environnementaux et garantissant un revenu juste à chaque producteur, le CESE émet ainsi deux types de recommandations, stratégique et à caractère opérationnel et managérial.

Pour la première catégorie, l’avis suggère de «renforcer la position de la commercialisation des produits agricoles dans la chaine de valeur», en élaborant une vision intégrée et participative dédiée à la commercialisation en impliquant tous les acteurs concernés, à travers notamment des grandes orientations de la commercialisation au regard des nouvelles directives du Nouveau modèle de développement, des attentes du citoyen et des partenaires du Maroc. Il propose de «mettre en place un cadre institutionnel dédié au pilotage de la commercialisation des produits agricoles impliquant les différentes parties prenantes» et de créer un système de gouvernance régionalisée qui associe de manière participative et concertée les acteurs de la région et les autres échelons territoriaux et qui garantit une gestion rationnelle des marchés régionaux et l’émergence d’une dynamique vertueuse de développement du maillon de la commercialisation des produits agricoles.

Le CESE propose aussi de «mettre en place des mécanismes d’intégration des femmes du monde rural dans la chaine de valeur de la commercialisation des produits agricoles et consolider leur autonomisation économique et sociale».

Quant aux recommandations à caractère opérationnel et managérial, l’avis recommande d’améliorer le processus de commercialisation de la filière céréalière, de celle des fruits et légumes et la filière des viandes. Il suggère aussi de mettre en place des mesures législatives, réglementaires et techniques et un plan de communication pour lutter contre les pertes et le gaspillage des produits agricoles et de «procéder d’urgence à la réforme des espaces de commercialisation afin d’éviter les spéculations et la multiplication des intermédiaires».

Enfin, le conseil prône le développement de nouveaux mécanismes d’accompagnement et d’organisation des producteurs et l’accélération  de la transformation digitale de la commercialisation en favorisant l’innovation et l’inclusion des petits et moyens producteurs.

 

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