Les 4 concepts clés de la stratégie économique du Nouveau modèle de développement

Le nouveau modèle de développement ambitionne de porter le Maroc vers un autre palier de croissance. Deux questions sont alors importantes à poser : Comment ? Et à quel coût ? Les éléments de réponse sont apportés par le rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD),

De la lecture du rapport de la CSMD sur le Nouveau modèle de développement (NMD), ressort le fait que le le Maroc gagnera avec le nouveau modèle. Les conclusions du rapport vont plus loi puisque l’ambition affichée de la CSMD est de réaliser une croissance de 6% sur une durée longue. Toujours est-il que la question du Comment se pose d’elle même.

Si l’économie marocaine a réussi dans les année 2000 à accélérer sa croissance en arrivant à des pics de 5,5% à 6%, Il n’en demeure pas moins que cette tendance ne s’est pas inscrite dans le temps.  Elle fût même de courte durée: trois années seulement.

Là, à travers le NMD, l’économie marocaine cherche à se hisser à un nouveau régime de croissance pendant une durée plus longue. Si l’on se base sur le benchmark de pays telle que la Turquie qui sur ces dix dernières années  (2010- 2019), a maintenu une croissance de 5,8%, l’objectif est à portée de main. Toutefois, il est nécessaire d’opérer une mobilisation générale ajoutée à des réformes structurelles de fonds et des ruptures importantes et décisives. Sans quoi, on restera sans nul doute sur des ambitions chimériques voire fantaisistes.

En effet, si l’on se penche sur le paradigme de croissance en se basant sur l’expérience internationale, il en ressort que ce n’est pas en faisant davantage la même chose qu’un pays croît et se développe. Mais plutôt, en empruntant des voies différentes et à plus forte valeur ajoutée.

Au sein de la CSMD on en est conscient. D’ailleurs, le NMD suppose que la croissance économique ne sera pas de 6% par an simplement en augmentant la taille de ce qui existe déjà. Mais uniquement si le pays mise sur la diversification, la montée en gamme et l’internationalisation.

A partir de cette réflexion, l’approche et la philosophie économique du nouveau modèle s’appuie notamment sur quatre concepts clés :

  • Le boom de productivité;
  • Les gisements de prospérité;
  • La révolution entrepreneuriale;
  • Les task forces sectorielles.

Tripler les gains de productivité chaque année

Au Maroc, la croissance a été traditionnellement portée par l’accumulation de capital. Aussi, si l’on veut faire 6% de croissance, l’accumulation de capital ne peut plus être la source principale de croissance.

Il faudra trouver un relais de croissance et ce seront principalement les gains de productivité. Cela implique « de multiplier par trois les gains de productivité annuellement au Maroc» affirme l’économiste Youssef Saadani, membre de la CSMD. Avant d’ajouter qu’ à l’échelle macroéconomique, « cela représente un défi colossal».

En effet, cela voudrait dire que tous les acteurs, publics ou privés, grands groupes ou PME, « doivent devenir plus productifs soit à travers de l’efficience productive et faire mieux avec ce que l’on a, soit de l’efficience allocative  qui consiste à mettre les ressources sur des activités plus porteuses de valeur ajoutée» assure Y Saadani.

Des gisements de prospérité existent partout

« Avant d’aller mener le combat pour la croissance, et commencer cette bataille, il faut faire une revue des troupes. Un inventaire de nos forces. C’est ce qu’on a fait avec la cartographie des gisements de prospérité» , explique Y. Saâdani.

En effet, au sein de la CSMD, un diagnostic global domaine par domaine, a été effectué afin de déterminer quelles étaient les potentialités sectorielles sous-exploitées. « On a été incroyablement surpris de voir qu’on a concrètement sous nos pieds et autour de nous des potentialités considérables, si elles étaient mieux organisées, pourraient débloquer un potentiel de croissance absolument considérable ».

En effet, la spécificité du Maroc lui permet de bénéficier d’un mix de potentialités qui « est parmi les plus importants au monde. En effet,  Il y a très peu de pays qui ont un capital naturel aussi abondant, une proximité avec le grand marché qu’est l’Europe, une position géostratégique, un patrimoine immatériel, une diaspora qualifiée, un capital culturel, un marché intérieur intéressant» souligne Y. Saâdani.

L’économiste donne l’exemple de plusieurs secteurs sous-exploités, le tourisme en tête. « Le Maroc attire 7 millions de touristes étrangers, hors MRE. La Turquie attire 40 millions de touristes. Les îles Canaries attirent 15 millions. On peut tourner le problème dans tous les sens ».

« On a tout même des atouts extraordinaires. On peut avoir un tourisme balnéaire, un tourisme culturel, un tourisme éco-responsable, on a des villes emblématiques connues dans le monde comme Marrakech,… On a un potentiel considérable pourquoi nous n’arrivons pas à faire 30 ou 40 millions de touristes? », s’interroge Y. Saâdani.

Il donne également l’exemple de l’aquaculture. « On produit à peu près 1.000 tonnes en aquaculture. Le potentiel identifié est de 300.000 tonnes. C’est qu’il y a un problème ».

« Quand on regarde dans le détail,  on voit qu’il y a des gisements de prospérité partout. Et à ce niveau, on appelle de manière très concrète à mettre en place un plan national de transformation économique qui serait un portefeuille de nos ambitions sectorielles« .

La CSMD appelle à traduire les potentialités en « des ambitions mobilisatrices, dans un cadre de référence qui soit partagé par tout le monde et qui lie les différents acteurs publics et privés ».

Qui va aller chercher ces potentialités ?

A non point douter, c’est le dynamisme entrepreneurial qui est le moteur de la transformation productive d’un pays. Aussi, cette croissance doit être portée par les entrepreneurs. « Qu’ils soient startuppeurs, PME, grands groupes, ou IDE, … », affirme Y. Saâdani.

Toutefois,  force est de constater qu’il existe un déficit entrepreneurial très important au Maroc. Une carence qui se doit d’être comblée. Dès los, pour  produire une révolution entrepreneuriale, il faut comprendre les racines du mal. « Aujourd’hui, rationnellement l’entreprenariat a un coût supérieur à son bénéfice. Dans le rapport coût/bénéfice, la situation est très dissuasive», regrette Y. Saâdani

A ce titre, la CSMD a identifié les trois coûts majeurs qu’il faut abaisser pour déclencher la révolution entrepreneuriale:

  • Le coût très élevé de transaction qu’engendre les barrières réglementaires et administratives au Maroc.
  • Le coût de production insoutenable. Pour qu’un entrepreneur initie un projets d’investissement il faut que ce dernier soit rentable. Il faut par conséquent que les coûts de production soient compétitifs à l’échelle mondiale.
  • Le coût de la découverte. Tout ce qui est nouveau est risqué. Donc ça exige un accompagnement public. Il y a des externalités et il est rentable pour l’État d’accompagner les entrepreneurs vers la découverte de nouveaux métiers plus innovants.

« L’enjeu majeur pour produire cette révolution, c’est changer le rapport coût/bénéfice en abaissant massivement les coûts et en augmentant la probabilité de succès et d’espérance de gain» , résume Y. Saâdani.

La task force pour lever les obstacles

Il reste un problème à résoudre, celui des contraintes qu’il faut lever. Comment ?  « C’est là où  intervient le quatrième concept des Task force sectorielles », réplique Y. Saâdani.

Les entreprises qui veulent exploiter les potentiels d’un marché donnée, se heurtent, en effet,  à deux sortes de problèmes:

  • Des problèmes génériques communs à l’ensemble des secteurs (l’éducation, l’environnement des affaires, la formation, la justice,…). « Ces problèmes doivent être traités au niveau de politiques publiques structurelles », affirme Y. Saâdani;
  • Et il y a des problèmes spécifiques à chaque secteur. Leur résolution doit être au bon échelon d’intervention, c’est-à-dire au niveau du secteur. La CSMD propose donc de mettre en place une nouvelle gouvernance des stratégies sectorielles, autour de ces task force qui sont un outil public-privé de coordination. L’idée est que le Maroc fixe des ambitions sectorielles dans le cadre d’une politique nationale de transformation, il mandate un groupe de réforme pour une durée limitée avec une mission précise. Ce groupe est composé d’acteurs publics et privés. Il a un chef de file ministériel mais il a aussi un sponsor privé afin de donner de la voix au secteur privé.

Dans le cadre de cette task force, il faut « aligner les intérêts autour d’objectifs chiffrés et d’avoir un mécanisme de suivi et d’arbitrage » assure Y. Saâdani.  Aussi, la commission appelle à ce que « ces Task force soit mis assez vite autour d’un portefeuille d’ambitions sectorielles prioritaires » poursuit-il.

Les pistes de financements

Alors comment financer cette grande ambition ? Pour la CSMD, ce que l’économie marocaine affiche en régime de croisière, c’est à peu près 10 points de PIB en terme d’implication budgétaire, à mobiliser pour les dépenses prioritaires, les dépenses d’avenir identifiées dans le nouveau modèle et ce en plus de la réflexion sous-jacente à la mobilisation du financement qui doit se faire sans augmentation importante de la pression fiscale.

Aussi, la CSMD table sur une mobilisation additionnelle, principalement par l’élargissement de l’assiette fiscale qui serait d’ailleurs accompagnée par une baisse de la charge fiscale sur les entreprises exposées à la concurrence internationale.

Ensuite, il y a deux idées principales qui fondent la doctrine du financement. La notion du cercle vertueux. En effet, si les réformes nécessaires sont mises en place, cela aura pour effet systématique la mise en route d’une dynamique de croissance qui va ensuite permettre de financer le modèle de développement. Mais cela se fera à terme, pas immédiatement.

A court terme, il y a des mesures de rationalisation de la dépense. A ce niveau, il y a des propositions assez fortes sur la mise en place d’une revue générale des dépenses publiques.

Par ailleurs, « il y a une proposition visant à inscrire dans la programmation budgétaire les dépenses d’avenir et de piloter cela de manière pluriannuelle dans le budget, en lien avec la loi organique des finances qui doit être mobilisée pour financer le modèle et dégager des marges de manœuvre dans le cadre d’une soutenabilité à terme du modèle.

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