Bilan

Le secteur bancaire marocain sous la loupe de Fitch Rating

Décryptage

L’agence de notation Fitch Rating a diffusé une note passant en revue les réalisations des banques marocaines et livrant ses anticipations pour le secteur bancaire marocain qui en dépit de sa résilience demeure hanté par le spectre de la dégradation de la qualité des actifs.

L’agence de notation Fitch Rating a diffusé, lundi 11 octobre, une note passant en revue l’évolution de 7 banques marocaines, à savoir Attijariwafa Bank, BCP, Bank of Africa, SGMB, CIH, BMCI, CDM, et anticipant l’évolution de leur principaux indicateurs.

Globalement, l’agence de notation trouve que les banques marocaines ont connu une bonne résilience en 2020 notamment grâce aux mesures de soutien mises en place. Toutefois, elle anticipe une dégradation de la qualité des actifs cette année en raison de la diminution des aides de l’Etat et de l’exposition des banques aux secteurs en crise (tourisme, retail, industrie). La rentabilité du secteur s’améliorera cette année mais le retour à un niveau pré-pandémie sera lent.

Fitch souligne que le risque de taux d’intérêt est le principal risque de marché. L’agence explique que « les risques du Taux d’intérêt structurel surviennent dans un environnement de taux plus élevés parce que tous les prêts au Maroc sont accordés à taux fixes et ces actifs tendent à se revaloriser plus lentement que les dépôts à terme ou les obligations qui les financent. Cependant, la part importante des dépôts à vue sans intérêt sur les bilans des banques permet d’atténuer cela ».

En face, « les taux d’intérêt qui restent plus bas soutiennent les revenus des activités de marché étant donné les avoirs des banques en titres classés en juste valeur dans leurs comptes ».

Un autre risque se profile pour les banques : le risque de change. Fitch indique que « AWB est structurellement exposée au risque de volatilité des taux de change suite à ses investissements dans les filiales africaines. C’est aussi le cas pour BCP, mais ses filiales internationales sont plus petites par rapport au grouper ».

Et d’ajouter : « les filiales de BOA sont détenues via une holding luxembourgeoise. Les investissements de BOA dans ses filiales sont réalisés en euros. Les fluctuations du taux EUR/MAD ne sont pas significatives et cela explique pourquoi les effets de conversion sont plus faibles à pour BOA en comparaison avec AWB ».

De leur côté, « CIH et les banques à capitaux français opèrent exclusivement au Maroc et ne supportent aucune risques de change ».

La rentabilité sera au rendez-vous

L’agence de notation revient sur l’évolution des provisions pour dépréciation des créances. « Les Provisions pour dépréciation des créances ont consommé en moyenne 62 % des bénéfices d’exploitation avant dépréciation des banques en 2020 (2019 : 25 %). La hausse a été particulièrement élevée pour CIH, où provisions ont consommé 94% du résultat opérationnel avant dépréciation. La banque est plus exposée que ses pairs sur les particuliers et sur l’immobilier. Les deux sont vulnérables aux défis actuels liés aux conditions économiques ».

Accès illimité

Ainsi, « les banques ont augmenté de manière proactive le provisionnement en 2020 en prévision de la détérioration de la qualité des actifs. Nous attendons des provisions plus modérés en 2021, bien qu’au-dessus des niveaux historiques, ce qui réduira la pression sur les indicateurs de rentabilité ».

Par Ailleurs, l’agence trouve que l’exposition des banques sur le marché des obligations, entres autres, est positive. « Les banques marocaines sont des émetteurs réguliers sur les marchés de capitaux domestiques et les obligations sont bien reçues. Les investisseurs institutionnels achètent facilement les titres de créance senior et subordonnés émis par les banques, ainsi que les instruments de fonds propres AT1 conformes à Bâle III ».

« Nous voyons cela positivement car il permet aux banques de diversifier leurs sources de financement et d’étendre échéances. Cela démontre également la relative sophistication et profondeur du marché local et des investisseurs par rapport aux autres marchés africains ».

La liquidité d’AWB est la plus solide

« Les ratios prêts/dépôts consolidés de AWB, BOA et GBCP sont généralement inférieurs ou proches de 100%, bénéficiant d’un faible ratios crédits/dépôts dans leurs filiales africaines où les crédits représentent généralement une plus petite partie de l’actif total. Les filiales africaines investissent massivement dans des titres d’État, qui offrent des rendements plus élevés et sont considérés comme moins risqués », indique Fitch Rating.

« Nous considérons que le financement et la liquidité d’AWB sont les plus solides à travers banques nationales notées », souligne-t-elle.

Prêts/Dépôts des clients

« Dans l’ensemble, nous prévoyons que le financement et les liquidités resteront adéquats en 2021, aidé par la croissance des dépôts de la clientèle et la poursuite de l’accès des banques aux marchés de capitaux nationaux. Les mesures de soutien à la liquidité instaurées par la banque centrale pour les banques devraient rester en place pour assurer la stabilité financière ».

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