Le président chilien Sebastian Piñera menacé de destitution

Les députés chiliens ont approuvé de justesse, par 78 votes contre 67, l’accusation constitutionnelle qui vise le président chilien Sebastian Piñera. Sa destitution doit encore être approuvée par le Sénat. Un acte fort à moins de deux semaines des élections législatives et présidentielle.

Quatorze heures de discours ponctuées de deux courtes pauses. 1300 pages. Le député d’opposition Jaime Naranjo a réussi un véritable exploit politique et sportif, en menant l’intervention la plus longue de l’histoire du parlement chilien. «Je parlerai tout le temps nécessaire pour que Giorgio Jackson rejoigne la chambre des députés », avait-il averti via son compte Twitter. Le plan de l’opposition était de prolonger la session afin que le député Giorgio Jackson puisse achever sa quarantaine après avoir approché une personne infectée par Covid-19, puis aller voter.

Objectif: assurer les 78 votes nécessaires à l’approbation, par la chambre des députés, de l’accusation constitutionnelle contre le président chilien Sebastian Piñera , qui permettrait d’obtenir sa destitution en cas de validation par les deux tiers du Sénat. Le cas échéant, Sebastian Piñera devra quitter la présidence alors que son mandat s’achève en mars.

Pandora papers

Le président est fragilisé par les révélations des «Pandora Papers», selon lesquels des membres de sa famille auraient vendu dans des conditions contestables le projet minier Dominga en 2010, neuf mois après son arrivée au pouvoir. D’après l’enquête journalistique, la transaction, qui devait s’effectuer en trois versements, aurait en partie été effectuée dans un paradis fiscal -les îles Vierges- et le dernier paiement aurait été conditionné au fait que la zone du projet ne soit pas déclarée «protégée».

Le président chilien s’en défend, affirmant qu’il s’était défait de ses actifs en 2009 et que les faits révélés dans le cadre des «Pandora Papers» ont déjà fait l’objet d’une enquête en 2017, aboutissant à un non-lieu.

La majorité présidentielle a tout tenté pour éviter ce dénouement à moins de deux semaines des élections présidentielles et législatives du 21 novembre, en refusant d’autoriser un vote à distance.

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Un vote sous tension

Jaime Naranjo, héros d’une nuit qui a tenu le Chili en haleine, a atteint ses objectifs : à 0h01, le député Giorgio Jackson est sorti de chez lui pour se lancer sur la route qui sépare son domicile de Valparaiso, où se situe La Moneda, à environ 1h30 de route, trajet retransmis en live sur Instagram, avant d’entrer dans l’hémicycle chilien alors que son allié politique achevait son discours marathon.

Un autre député de l’opposition, Jorge Sabag, qui aurait manifesté des symptômes de Covid, était également entré dans l’enceinte parlementaire quelques minutes plus tôt par une porte secondaire afin d’éviter un contrôle sanitaire qui l’attendait à l’entrée principale.

Le porte-parole du gouvernement, Jaime Bellolio, a exprimé une «profonde déception» à l’issue du vote, évoquant une «accusation électorale et non constitutionnelle». Ce vote intervient alors que le gouvernement cherche à prolonger l’état d’urgence dans le sud du pays, théâtre d’un conflit avec les populations autochtones Mapuche, et qu’une assemblée constituante planche sur une nouvelle constitution afin d’enterrer celle héritée de la dictature de Pinochet.

Et, dans deux petites semaines doivent se tenir les élections présidentielles et législatives. Pour Antoine Maillet, chercheur à l’Institut des affaires publiques de l’université du Chili, « l’impact sur les prochaines élections est difficile à mesurer. Pour les parlementaires qui vont à la réélection, se démarquer de Piñera c’est une manière de marquer des points. (…) Il y a eu une autre accusation constitutionnelle en 2020 sur la question des violations des droits humains durant les manifestations lors de la révolte de 2019. Et celle-là n’avait pas été acceptée. A deux semaines des élections législatives, les députés candidats à leur réélection ont intérêt à se démarquer le plus possible de Piñera qui est un président très impopulaire », estime le chercheur.

En même temps, « la situation tend à renforcer les possibilités du candidat d’extrême droite José Antonio Kast, qui semble être passé devant le candidat de la droite traditionnelle, Sebastián Sichel, en chute libre depuis que la campagne a vraiment commencé », souligne Antoine Maillet. « Le processus constituant, qui est rejeté par une partie de la population, plus les conflits dans le sud, jouent en faveur de ce candidat. Nous allons avoir un deuxième tour très polarisé », prédit cet expert. Réponse fin novembre.

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