Le Maroc a du chemin à faire pour une intégration avantageuse dans les chaînes de valeur mondiales

Si le Maroc a réussi à se positionner dans différentes chaînes de valeur mondiales (CVM) et s’est hissé progressivement vers des segments à forte valeur ajoutée, dont l’automobile et l’aéronautique, il n’en demeure pas moins que la dynamique d’intégration dans les CVM ainsi que le montée en gamme demeurent faibles. Décryptage.

Inutile de rappeler que l’intégration croissante des pays dans les CVM est de nature à faciliter l’industrialisation des pays en développement. En effet, en s’insérant directement dans les chaînes de valeur existantes, une économie en développement peut participer aux échanges mondiaux et s’industrialiser sans avoir à développer tout un secteur économique, et ce malgré des capacités
limitées.

La fragmentation internationale des processus productifs ne se restreint pas aux échanges de biens puisqu’elle permet également la mobilité de savoir-faire et de compétences managériales. Aussi, les entreprises des pays en développement qui participent à des CVM ont tendance à être plus productives, en bénéficiant de technologies et en s’alignant sur les meilleures pratiques. D’autant plus que la croissance et les gains de productivité découlent, également, d’un meilleur accès aux intrants intermédiaires de meilleure qualité ou de moindre coût.

Le Maroc, entre avancées et vulnérabilités

L’analyse des échanges commerciaux des biens et services en termes de valeur ajoutée par pays et par secteur fait ressortir qu’en l’espace de 13 ans, le Maroc a gagné 7,6 points dans sa participation dans les CVM pour s’établir à 46,7% en 2018, sous l’effet, principalement, de la composante relative à la participation en amont (5,1 points). Cependant, sa participation en aval a affiché une amélioration de 2,6 points entre ces deux dates en passant de 12,7% à 15,3% entre 2005 et 2018. Ce qui dénote d’une dépendance des entreprises marocaines à l’égard des intrants étrangers, supérieure à celle des entreprises exportatrices étrangères à l’égard des produits intermédiaires marocains.

Par ailleurs, les trois industries marocaines les plus intégrées dans les CVM, sont les produits informatiques, appareils électroniques et optiques, la construction automobile et fabrication d’autres équipements de transport et le textile et habillement, enregistrant les plus hauts niveaux de valeur ajoutée étrangère dans les exportations nationales, soit 60,5%, 51% et 50% respectivement en moyenne sur la période 2011-2018, avec une tendance légèrement haussière par rapport à la période allant de 2005 à 2010.

De même, les exportations des machines et équipements et des équipements électriques recèlent une teneur importante en intrants importés, en moyenne sur la période 2011- 2018, soit respectivement 49,3% et 46,4%. Il est à signaler que le taux du contenu importé des exportations est important au niveau de certaines industries de transformation qui disposent d’un multiplicateur d’emploi très élevé.

Ce taux est plus faible, cependant, au niveau des industries extractives (14,5%) et des produits alimentaires, boissons et tabacs (21,8%), en moyenne sur la période 2011-2018, en quasi stabilité par rapport à la période 2005-2010. Les services aux entreprises (activités immobilières, intermédiation financière) sont les secteurs les moins intégrés, enregistrant les contenus étrangers les plus faibles dans les exportations.

Compte-tenu de cet état de fait, le taux de participation du Maroc aux CVM en 2018 est similaire à celui des pays tels que le Mexique, la Roumanie, la Russie ou le Chili, et supérieur à d’autres comme la Turquie, le Brésil et l’Inde. En revanche, des pays comme la Hongrie et la Slovaquie présentent des taux de participation plus importants que le Maroc compte tenu de leur insertion croissante dans les chaines de valeur, notamment européennes.

Sur le plan des dépendances sectorielles, le tissu productif marocain affiche une plus grande dépendance à l’offre étrangère qu’à la demande pour plusieurs branches du secteur manufacturier. Plusieurs secteurs industriels importants, comme le textile-habillement, la chimie, la métallurgie, l’informatique, les équipements électriques, les machines et matériel d’équipement, sont ainsi plus dépendants par l’offre, dans la mesure où ces secteurs utilisent une grande quantité d’intrants importés.

En revanche, la dépendance à la demande étrangère est plus importante pour les produits alimentaires et autres produits minéraux non métalliques. Quant au secteur de l’agriculture et pêche, il se trouve à côté de la bissectrice. Ce qui signifie qu’il présente la même dépendance à l’offre et à la demande étrangère.

L’analyse révèle que la participation du Maroc en amont des CVM a progressé à un rythme plus élevé que celle en aval ce qui  rend l’économie nationale plus vulnérable aux chocs d’offre potentiels de pays positionnés plus en amont des CVM.

En effet, il est vrai que le Maroc dispose de marges de manœuvre pour des économies d’échelle substantielles, mais il demeure confronté au double défi de passer à des segments à plus forte valeur ajoutée et d’y impliquer davantage le tissu productif local à ces chaînes, au risque de rester confiné aux segments non porteurs.

Dès lors, le Maroc est contraint de déployer des efforts supplémentaires et de relever des défis pour monter en gamme et accélérer le processus de transformation structurelle. Il s’agit principalement d’investir dans le capital intellectuel, le renforcement de l’intégration au niveau régional, l’adaptation du code de travail, l’amélioration de la qualité des  institutions et des administrations qui pourrait être déterminante dans la décision d’investissement et la poursuite de l’amélioration de la qualité de la logistique.

 

 

 

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