Le Soudan est en proie à une guerre civile depuis le 15 avril 2023, date à laquelle les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire dirigée par le général Mohamed Hamdan Dogolo, dit « Hemetti », ont lancé une offensive contre l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, qui assure la transition du pouvoir depuis le coup d’État de 2021.
Ce conflit oppose deux anciens alliés qui ont renversé ensemble le régime autoritaire d’Omar el-Béchir en 2021, mais qui n’ont pas réussi à s’entendre sur l’intégration des FSR dans l’armée nationale. Les FSR sont accusés de nombreuses violations des droits humains, notamment au Darfour, où ils ont participé à la répression du soulèvement de 2003.
Les combats ont fait des centaines de morts et de blessés, tant parmi les militaires que parmi les civils, et ont provoqué une grave crise humanitaire. Des milliers de personnes ont fui les zones de conflit, notamment à Khartoum, la capitale, où les bombardements et les tirs sont incessants. Les Nations unies ont dû suspendre leurs opérations humanitaires après la mort de cinq de leurs employés.
La communauté internationale s’est mobilisée pour tenter de mettre fin aux violences et de relancer le processus de transition démocratique. Plusieurs pays et organisations régionales et internationales ont appelé au respect du cessez-le-feu conclu sous l’égide des États-Unis et de l’Arabie saoudite, mais qui n’a pas été respecté sur le terrain. D’autres acteurs, comme la Russie, les Émirats arabes unis ou l’Éthiopie, sont soupçonnés de soutenir l’un ou l’autre camp.
Des causes multiples…
Le Soudan connaît depuis plusieurs années une situation de conflit armé entre le gouvernement central et divers groupes rebelles. En 2023, le conflit s’est intensifiée et a provoqué de graves conséquences humanitaires, politiques et économiques. Quelles sont les causes et les conséquences de cette guerre ?
Les causes de la guerre au Soudan sont multiples et complexes. Elles remontent à l’histoire coloniale du pays, marquée par la domination britannique et égyptienne, qui a créé une division entre le nord arabe et musulman et le sud noir et chrétien.
Après l’indépendance en 1956, le Soudan a connu deux guerres civiles (1955-1972 et 1983-2005) qui ont abouti à la signature d’un accord de paix en 2005 et à la sécession du Soudan du Sud en 2011. Cependant, cet accord n’a pas résolu tous les problèmes et a laissé des tensions entre les deux pays, notamment sur la question des frontières et du partage des ressources pétrolières.
Par ailleurs, le Soudan fait face à des conflits internes dans plusieurs régions, comme le Darfour, le Nil Bleu et le Kordofan du Sud, où des groupes rebelles revendiquent plus d’autonomie, de justice sociale et de représentation politique.
Ces groupes s’opposent au régime autoritaire du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989 et accusé de crimes de guerre et de génocide par la Cour pénale internationale. Le gouvernement soudanais a mené des campagnes militaires contre les rebelles, entraînant des violations des droits de l’homme, des déplacements massifs de population et des crises humanitaires.
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une crise politique et sécuritaire sans précédent. Date à laquelle les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire dirigée par le général Mohamed Hamdan Dogolo, ont lancé une tentative de coup d’État contre le Conseil de souveraineté de transition, l’organe qui dirige le pays depuis la chute du dictateur Omar el-Béchir en 2019.
Les affrontements entre les FSR et les forces armées soudanaises, fidèles au général Abdel Fattah al-Burhan, ont fait des centaines de morts et de blessés, notamment parmi les civils, et ont provoqué une grave crise humanitaire.
Le conflit actuel trouve ses racines dans le soulèvement populaire qui a secoué le Soudan entre décembre 2018 et avril 2019, et qui a conduit à la destitution du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989.
Face à la pression de la rue, les militaires ont pris le contrôle du pays et ont formé un Conseil militaire de transition, dirigé par al-Burhan. Mais les manifestants, regroupés au sein des Forces de la liberté et du changement (FLC), ont continué à réclamer un transfert du pouvoir aux civils.
Après plusieurs mois de négociations et de violences, un accord a été signé en août 2019 entre les militaires et les civils, prévoyant la formation d’un Conseil de souveraineté de transition, composé de cinq militaires et six civils, chargé de superviser la transition vers un régime démocratique. L’accord prévoyait également la formation d’un gouvernement civil, dirigé par Abdallah Hamdok, et d’une assemblée législative.
Toutefois, cet accord fragile a été mis à mal par plusieurs facteurs. D’une part, les divisions au sein du Conseil de souveraineté entre les militaires, qui cherchaient à préserver leurs intérêts et leur influence, et les civils, qui voulaient mettre en œuvre des réformes politiques, économiques et sociales.
D’autre part, les tensions entre al-Burhan et Dogolo, qui se disputaient le leadership au sein du camp militaire. Al-Burhan était soutenu par l’Égypte et l’Arabie saoudite, qui voyaient en lui un garant de la stabilité régionale et un allié contre l’Éthiopie dans le dossier du barrage de la Renaissance.
Dogolo était soutenu par les Émirats arabes unis, la Russie et l’armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, qui lui fournissaient des armes et des mercenaires en échange de son soutien à leurs intérêts géopolitiques et économiques dans la région.
Le déclencheur du conflit a été la décision d’al-Burhan, le 14 avril 2023, de limoger Dogolo de son poste de vice-président du Conseil de souveraineté et de dissoudre les FSR, qu’il accusait d’être impliqués dans des violations des droits humains et des activités criminelles. Le lendemain, Dogolo a réagi en lançant une offensive contre les positions du gouvernement à Khartoum et dans d’autres villes stratégiques du pays
…et des conséquences dramatiques
Les conséquences de cette guerre sont dramatiques non seulement pour le Soudan mais également pour la région. Sur le plan politique, le pays est plongé dans le chaos et l’incertitude, alors qu’il était engagé dans une transition démocratique après la chute du dictateur Omar el-Béchir en 2019. Le processus électoral prévu pour 2024 est compromis, et les forces démocratiques sont marginalisées par la lutte de pouvoir entre les deux généraux .
Sur le plan humanitaire, la guerre a aggravé la situation déjà critique des millions de personnes affectées par la pauvreté, la famine, les maladies et les déplacements forcés. Les organisations internationales ont du mal à accéder aux zones de conflit et à fournir une assistance vitale aux populations en détresse.
En effet, selon les estimations des Nations unies, la guerre a fait plus de 300 000 morts, dont des civils innocents, et plus de 4 millions de déplacés internes ou de réfugiés dans les pays voisins. La guerre a également provoqué une crise alimentaire, sanitaire et éducative, aggravée par le blocage de l’accès humanitaire par les parties au conflit.
La guerre a aussi eu des effets négatifs sur l’économie du Soudan, qui souffre déjà de la chute des prix du pétrole, de la corruption et des sanctions internationales.
Sur le plan régional, la guerre a des répercussions sur la stabilité et la sécurité des pays voisins, notamment l’Égypte, l’Éthiopie, le Tchad et la Libye. Certains de ces pays sont impliqués dans le conflit en soutenant l’un ou l’autre des belligérants, ce qui augmente les risques d’une escalade militaire et d’une ingérence étrangère .
Face à cette crise majeure, la communauté internationale appelle au cessez-le-feu et à la reprise du dialogue entre les parties. Des efforts de médiation sont menés par l’Union africaine, l’ONU, l’Union européenne et d’autres acteurs régionaux. Cependant, ces initiatives se heurtent à la résistance des deux généraux, qui semblent déterminés à poursuivre leur lutte pour le contrôle du Soudan. La perspective d’une paix durable et d’une transition démocratique s’éloigne de plus en plus pour ce pays meurtri par des décennies de conflits .
La guerre au Soudan en 2023 est donc un drame humain et un défi pour la paix et la sécurité régionales. Il est urgent que les parties au conflit acceptent un cessez-le-feu et reprennent le dialogue pour trouver une solution politique durable et inclusive. Il est également nécessaire que la communauté internationale renforce son soutien au processus de paix et à l’aide humanitaire. Le Soudan a besoin d’une paix juste et durable pour se reconstruire et se développer.










