La fracture sociale au cœur du Nouveau modèle de développement

Les membres de la commission ont dû recueillir de nombreux témoignages souvent désespérés de citoyens de toutes les classes sociales qui ont montré l’urgence d’un nouveau modèle de développement. Une démarche utile qui a permis, dans un premier temps, de lister les insuffisances du système socio-économique actuel qui laisse de côté une bonne partie de la population marocaine avant d’être en mesure d’identifier des leviers propices au futur changement. 

Pour capter la réalité complexe du Maroc en n’excluant personne, les membres de la CSMD (Commission spéciale sur le modèle de développement) ont donc choisi d’auditionner toutes les franges de la population aussi bien les plus vulnérables que les élites mondialisées issues des villes, des campagnes les plus reculées, du désert et du littoral, des lycées et des universités.

Aussi bien citoyennes qu’institutionnelles, ces contributions orales, écrites et digitales ont permis de préparer la première des trois phases avant la rédaction du fameux rapport, en établissant un diagnostic général après avoir recueilli les préoccupations et des attentes des citoyens et des acteurs concernés.

Précisons que la 2ème phase a servi à identifier les leviers du changement et que la 3ème a permis d’affiner les contours du nouveau modèle en prenant en compte les effets de la crise sanitaire de la Covid 19.

Tout au long de ce processus de recueil des divers témoignages qui a été mis en œuvre dès le démarrage des travaux de la Commission à travers l’ouverture d’espaces de consultation, les nombreux intervenants ont pu s’exprimer sans censure en pointant du doigt de nombreux griefs qui grippent le système actuel.

Changement nécessaire

Lors des consultations nationales sur la question du développement qui ont touché toutes les régions du pays, les citoyens, les partis politiques, les acteurs institutionnels, les opérateurs économiques, les partenaires sociaux, les représentants de la société civile et enfin les grands corps organisés ont été unanimes à réclamer un vrai changement en partageant leurs attentes et recommandations.

Malgré les contraintes sanitaires, plus de 9.700 personnes ont interagi en direct avec la Commission: 1.600 à travers les auditions et séances d’écoutes et 8.000 à travers les dispositifs de consultation élargis.

De plus, la Commission a reçu 6.600 contributions écrites, dont 270 transmises physiquement, 2.530 sur le site en ligne, et 3.800 issues de la contribution des étudiants, lycéens et de la population pénitentiaire. Arithmétiquement, ce fut une large consultation.

Une démarche participative qui a permis de caractériser l’état du pays tel qu’il est perçu par les citoyens et les acteurs, soulignant aussi bien les acquis que les attentes et les aspirations.

Tout en soulignant les acquis du nouveau règne, les consultations ont aussi fait ressortir des appréhensions quant à l’avenir, générées principalement par la perception de pannes de l’ascenseur social et la perte de confiance en la capacité des institutions publiques à veiller à l’intérêt général.

Toutes catégories confondues, les participants ont en effet exprimé leur sentiment d’insécurité économique, sociale et judiciaire, notamment sur le caractère peu inclusif du modèle actuel caractérisé par des inégalités croissantes et des risques importants de déclassement social pour la classe moyenne sans compter une perte de confiance dans l’action publique, sur fond de détérioration de la qualité des services publics et de manque d’éthique et de probité de nombreux gestionnaires de la chose publique.

Fracture sociale consommée

Une défiance exprimée en mots crus à l’égard des élites politiques et économiques, et des couches sociales aisées perçues comme bénéficiaires de privilèges indus et peu soucieuses de l’intérêt général.

En effet, le florilège suivant illustre parfaitement le sentiment de frustration à l’égard du système actuel :

« Pas d’argent, pas de soins », attaque sans concessions contre le système sanitaire du Maroc.

« Aucune attente vis-à-vis des leaders politiques » accusés de s’enrichir au dépens de leurs électeurs.

« Des îlots de réussite et de richesse dans un océan de misère » qui dénonce un système qui profite aux seuls nantis.

« Nous avons les meilleures lois du monde mais qui ne sont pas appliquées » qui montre la différence entre la théorie et la pratique judiciaire.

« Il faut lutter contre l’enrichissement illicite et lier la responsabilité à la reddition des comptes » qui pointe du doigt la protection de certains corrompus qui n’ont pas à se justifier sur leur fortune.

« La corruption, la fraude et le favoritisme dans la collecte des impôts, voilà le problème » qui, là encore, dénonce un système fiscal à deux vitesses qui épargne certaines professions pourtant lucratives.

« Le Maroc est un pays en guerre dont les victimes sont les jeunes » ou alors « Le temps est devenu notre ennemi » pour désigner l’absence de perspectives offertes à la jeunesse désargentée.

« Sans l’adhésion des citoyens, sans leur implication dans les débats et dans les décisions qui seront prises, tout changement sera vain » qui rappelle encore une fois l’absence de confiance du peuple dans la représentation nationale accusée d’immobilisme et de manque d’initiative.

Des appréciations qui expriment un véritable ras-le-bol contre les inégalités et la détérioration des services publics, tout en alimentant un sentiment de traitement différencié en fonction des populations et des territoires qui ne fait que renforcer la fracture entre « ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien ».

L’État aux abonnés absents

En effet, l’inégale répartition du développement territorial combinée à la marginalisation des territoires, la discrimination du monde rural, la fragilisation de la classe moyenne et surtout la perception d’un arrêt de la mobilité sociale ont été les griefs systématiquement exprimés lors des consultations citoyennes.

La conviction la plus partagée est que l’administration, les institutions publiques et les services publics, notamment d’éducation-formation et de santé engendrent de profondes frustrations et alimentent une perte de confiance dans l’action publique et dans l’État qui ne joue plus son rôle d’intégrateur.

Un décalage que les responsables de l’administration auditionnés par la Commission expliquent simplement par la faiblesse des ressources humaines et des moyens qui sont alloués par l’État central.

Potentiel sous-exploité

Outre la perte de confiance, les consultations ont permis de faire ressortir une profonde frustration des intervenants pour qui le Maroc reste en-deçà de ses potentialités d’être une Nation bien plus développée.

Des insatisfactions, frustrations et inquiétudes qui ne font qu’exprimer la hâte d’atteindre un niveau de développement plus élevé et inclusif qui semble pleinement accessible aux yeux de tous les témoins.

Toutes les écoutes ont, en effet, dénoncé la lenteur du processus actuel de développement et le creusement des inégalités avec un fort désir de changement vers davantage de liberté d’action, de participation et enfin d’égalité des chances grâce à un nouveau modèle de développement plus inclusif.

Au final, la Commission s’est donc appuyée sur les attentes des citoyens dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la santé, des transports et des opportunités d’ouverture (culture, sport) pour identifier les leviers nécessaires à une dynamique vertueuse de développement.

 

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