Dogme, schizophrénie et une bonne dose d’amnésie

Gestion de la pandémie

Alors que l’on parle de possibilité de reconfinement suite à l’aggravation de la situation sanitaire dans le pays, certaines décisions nous laissent perplexes. Elle dénotent même d’un manque flagrant de discernement. Rien détonnant dès lors qu’il s’agit du dogme religieux.

Aujourd’hui, dans un élan de bienveillance, le ministère des Habous et des Affaires islamiques a annoncé,  qu’il a été décidé de ne pas accomplir la Prière de l’Aïd Al-Adha aussi bien dans les Moussalas que dans les mosquées, en raison de l’affluence observée à cette occasion et des difficultés de garantir les conditions de distanciation.

Amen! Cette décision serait des plus judicieuses si elle ne s’inscrivait pas en porte à faux par rapport à la suite du communiqué qui insiste sur le maintient des mosquées ouvertes pour l’accomplissement des cinq prières quotidiennes y compris de celle du vendredi.

Si le but est de préserver la santé physique de nos concitoyens, et là on ne doute guère des intentions de nos décideurs, le maintient des mosquées ouvertes est plus dangereux ne serait-ce que sur plan de l’arithmétique. Plus d’attroupement est synonyme de plus de risque!

Et il suffirait de faire un tour aux mosquées pour se rendre compte des difficultés de garantir les conditions de distanciation et où l’on appelle même à resserrer les rangs.

Le dilemme morale quant à trancher cette question, si tant est la motivation derrière cette décision,  ne devrait même pas être posé. Et pour cause, la recrudescence des cas de contamination et la montée inquiétante de la vague du variant Delta à un moment où la cadence vaccinale, certes continue, reste insuffisante pour assurer l’immunité collective.

De plus sur un plan religieux stricto sensu, il est clairement énoncé que « Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion » et « Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous ». Et, le bon sens voudrait que l’on sursoit à tout précepte religieux, qu’il soit sounna ou farida, dès lors que la vie des citoyens est en jeu.

Le fait est que cette schizophrénie qui caractérise notre rapport à la chose religieuse, dans l’état sanitaire actuel, pourrait s’avérer fatale. Surtout si elle est accompagnée d’une bonne dose d’amnésie.

A-t-on la mémoire si courte qu’on a oublié les leçons de l’année dernière? Le rituel sacrificiel est-il si vital pour mettre en danger la vie de nos concitoyens? est-on en droit de s’interroger. 

Les stigmates laissés par l’expérience de l’an passé devrait pousser nos décideurs à annuler définitivement cette fête voire même tout attroupement pouvant donner naissance à des clusters de contaminations. Les marocains comprendront, surtout ceux qui ont souffert dans leur chair et celle de leur proches.

Une communication idoine serait, a cet égard, en mesure d’apaiser toute contestation. Elle enverrait même un signal fort aux citoyens. Celui d’une gouvernement décidé à endigué la crise sanitaire actuelle. Surtout que la crainte d’un nouveau confinement pèse de plus en plus lourd sur la conscience collective.

Et si l’arbitrage entre le risque sanitaire et celui économique continue à donner des maux de tête à nos décideurs, au point de les pousser à prendre des décisions contradictoires et à ne pas aller au bout des choses, le manque à gagner que pourrait subir les éleveurs de bétail ne devrait pas peser lourd dans la balance. Car que représentent des millions de dirhams face aux milliards dépensés dans la stratégie de gestion de la pandémie.

 

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