Bilan

COP26, l’éternel goût d’inachevé

En dépit de quelques lueurs d’espoirs qui augurent des avancées notables en termes de de bonnes pratiques en faveur de la protection de l’environnement, la COP 26 n’a pas échappé à la règle de celles qui l’ont précédées: un goût d’inachevé, avec des annonces en deçà des attentes, et surtout loin de rassurer quant au maintien de la hausse des températures dans des limites soutenables.

Les délégués des 197 parties représentées à la COP26 ont donc donné samedi leur aval, par consensus, au texte présenté par Alok Sharma, son président britannique. Mais il aura fallu s’y reprendre à deux fois. Surtout, la messe n’est pas dite sur le respect futur d’un objectif essentiel de l’Accord de Paris qui est de contenir le niveau de réchauffement du globe à 1,5 degré d’ici à 2100.

L’homme de confiance du Premier ministre Boris Johnson, lui-même peut en douter. Le « happy end » qu’Alok Sharma aurait voulu pour clore cette conférence, au début de laquelle il estimait « la fin du charbon […] en vue », n’a pas eu lieu.

C’est au contraire les larmes aux yeux que l’ancien député conservateur a mis fin à deux semaines d’intenses négociations. « Je vous prie de m’excuser pour la façon dont le processus s’est déroulé. Je suis profondément désolé », a-t-il déclaré, la gorge nouée, quelques minutes avant que ne tombe le générique de fin de cette COP.

Alors que l’approbation de l’accord semblait acquise, l’Inde aura déclenché un véritable coup de théâtre en annonçant rejeter le principe d’une « sortie » progressive du charbon qui semblait acté dans ce « Pacte Climat de Glasgow ». En lieu et place, le représentant indien a opposé la notion de « réduction », toute aussi progressive, de ce fossile. Une formulation à laquelle l’assemblée plénière s’est rangée pour ne pas faire capoter la décision finale.

« C’est une déception », a réagi Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne. Dépité, celui-ci n’en a pas moins qualifié d’ « historique » le texte approuvé samedi. Ce document, qui appelle également à sortir des subventions « inefficaces » aux énergies fossiles, « maintient en vie l’objectif de l’Accord de Paris », a-t-il poursuivi.

De fait, la désignation du charbon comme étant la ressource dont il va falloir apprendre à se passer pour sauver la planète est sans précédent. Pendant ces deux semaines, les pays les plus vulnérables au changement climatique , rendus tout aussi amers par cette modification de scénario de dernière minute, n’ont cessé de batailler pour mettre ce fossile à l’index.

L’Inde sort ses muscles

L’Inde, et en sous-main la Chine, qu’une alliance avec les Etats-Unis empêchait de faire apparaître en première ligne, n’en ont pas moins réussi à saper leur position en poussant à la rédaction d’une version plus édulcorée sur le sort du charbon.

Une révision à laquelle New Delhi s’est frontalement opposée, contribuant à ce que l’Inde cherche à s’arroger un nouveau rôle sur la scène internationale, celui joué jusqu’à présent par Pékin. « Nous sommes en train de devenir la voix des pays en développement », n’a pas hésité à déclarer le ministre indien de l’Environnement et du Climat, Bhupender Yadav.

A Glasgow, tout l’enjeu aura été de continuer à rendre encore crédible la perspective d’un réchauffement limité à 1,5 degré pour ne pas laisser se détricoter l’Accord de Paris. Une vraie gageure dans la mesure où les engagements climatiques des Etats, évalués par les Nations unies juste avant la COP, amènent à une montée du mercure de 2,7 degrés.

Au terme de l’accord conclu samedi, les pays ont reconnu la nécessité d’agir vite en réduisant de 45 % d’ici à 2030 (par rapport à 2010) leur gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone dans les vingt années qui suivront.

Pour tenir ce timing très serré les Etats se sont entendus pour réviser à la hausse dès la fin 2022 leurs contributions nationales volontaires (très insuffisantes à ce stade) pour réduire leurs émissions. Certains pourront toutefois bénéficier d’aménagements pour « circonstances nationales particulières ».

Goût d’inachevé

Sur la question des financements à destination des pays en développement, les pays riches ont fait leur mea culpa. Mais ils se sont donné encore jusqu’en 2025 pour verser les 100 milliards de dollars par an qu’ils avaient promis à Copenhague en 2009 pour 2020.

Le texte final les presse par ailleurs de doubler au moins la part du financement climat réservé à l’adaptation des Etats les plus pauvres sur cette même enveloppe. Un effort qu’ils réclamaient de longue date.

Enfin, après six ans de négociations infructueuses, les pays se sont mis d’accord sur les règles d’encadrement et de fonctionnement des marchés mondiaux du carbone . Des dispositifs vont permettre d’empêcher que les mêmes réductions d’émissions soient comptabilisées deux fois par les Etats ou les entreprises. Il fixe aussi des règles de transparence dans ce domaine.

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