Chantiers socioéconomiques : Pas de répit pour le nouveau gouvernement

Généralisation de la protection sociale, concrétisation du NMD, relance économique, réformes fiscale et de l’Administration, chômage…, la nouvelle équipe gouvernementale hérite d’un agenda lourd de tâches.

Les tractations politiques sont menées à pas de charge pour la formation du nouveau gouvernement après les législatives du 8 septembre. Un gouvernement qui pour répondre aux attentes des citoyens, devra s’attaquer à une panoplie de défis socioéconomiques. Le nouvel exécutif doit en effet jongler entre la poursuite de la mise en place des chantiers structurants initiés par le Roi et la remise sur les rails d’une économie en convalescence fragilisée par la pandémie (bien que des signaux de reprise sont palpables).

Décidément, la tâche ne s’annonce pas facile dans ce contexte qui n’a rien à voir avec l’aisance des précédents quinquennats du PJD. Le dossier le plus urgent pour la nouvelle équipe gouvernementale sera l’élaboration du projet de Loi des Finances 2022, et qui doit être adapté aux contraintes budgétaires actuelles. Si la lettre de cadrage est déjà établie par le gouvernement sortant, tout un travail de fond reste à réaliser. Il faudra en substance assurer un retour aux équilibres budgétaires d’avant-crise sanitaire. Charge au futur argentier du Royaume de trouver la bonne recette !

À court et moyen termes, c’est bien évidemment le méga chantier de la protection sociale qui est la priorité du prochain gouvernement. Les orientations sont déjà définies. Il sera question de les concrétiser. Le coût de la généralisation de la protection sociale est estimé à 51 milliards de DH annuellement, avec un financement qui repose sur l’affiliation (28 milliards de DH) et la solidarité (23 milliards de DH).

Reprise économique

L’économie se rétablit petit à petit. Un an et demi après le déclenchement de la pandémie, plusieurs indicateurs semblent confirmer que le plus dur de la crise est passé, notamment le taux de croissance au 2ème trimestre qui se situe à 12,6%. Mais dans l’absolu, nous sommes encore loin des niveaux d’activité d’avant-crise pandémique. Dans l’un de ses premiers tweets en tant que chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, écrit «l’une de nos priorités est d’accélérer la reprise de l’économie nationale qui a été affaiblie par la pandémie. En plus, créer le plus grand nombre d’opportunités d’emploi, intimement liées au taux de croissance que nous nous efforcerons d’améliorer».

Aujourd’hui, cette reprise économique se traduit par un plan de relance dont l’objectif est de redynamiser les secteurs de production, d’accroître leur capacité à créer des emplois et de la valeur ajoutée et à préserver les sources de revenu, à travers la poursuite de la mise en œuvre du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, dont l’activation se fait toujours attendre.

NMD, la pierre angulaire

Le nouveau modèle de développement (NMD) propose comme ambition de propulser le Royaume, dans beaucoup de domaines, dans le tiers supérieur des différents classements mondiaux des nations d’ici 2035. Ce qui lui permettrait de consacrer davantage sa vocation de modèle dans sa région et bien au-delà. Cette ambition se fera par des objectifs de développement ciblés. Parmi eux, le doublement du PIB par habitant à horizon 2035 de 7.800 dollars (PPA) actuellement à 16.000 en 2035. Ceci permettrait de situer le Maroc à la moyenne mondiale et au niveau des pays à revenu intermédiaire supérieur. Cette aspiration est compatible avec un rythme de croissance accéléré (6% en moyenne annuellement contre 3% actuellement).

La maîtrise des apprentissages de base à la fin du cycle primaire par plus de 90% des élèves, l’augmentation du nombre de médecins par habitant pour atteindre les normes de l’OMS, la réduction à 20% de la part de l’emploi informel, sont autant de problématiques auxquelles sera confronté le nouvel exécutif.

Réformes fiscale et de l’Administration : la double équation

L’exécutif sera appelé également à réviser le système fiscal et celui des entreprises et établissements publics. Deux réformes de taille sur lesquelles le Souverain a mis l’accent. Ainsi, la loi-cadre portant réforme fiscale fixe les 5 priorités devant guider les politiques fiscales au cours des prochaines années, à savoir l’encouragement de l’investissement productif, la réduction des inégalités, la justice territoriale, le renforcement de la transparence et la consolidation de l’efficacité de l’Administration fiscale.

Parallèlement, le gouvernement se penchera sur l’accélération de la mise en œuvre des dispositions contenues dans la loi-cadre relative à la réforme des établissements et entreprises publics (EEP). Il s’agit de la suppression des EEP qui ne remplissent plus les conditions de leur création ou dont l’existence ne procure plus l’efficacité requise, de la réduction des subventions accordées aux établissements, et la corrélation de cet appui avec leur performance. Aussi, leur engagement à atteindre, à terme, l’indépendance financière, ainsi que de la création de holdings à travers le regroupement d’un ensemble d’établissements publics dont les missions se chevauchent ou se rapprochent. D’ailleurs, le PLF 2022 au titre de l’exercice 2022 donnera la priorité à l’accélération des chantiers liés à la réforme de l’Administration.

Charte de l’investissement  : plus de temps à perdre !

Le prochain gouvernement devra également adopter une charte de l’investissement qui remplacera le cadre incitatif actuel par des mesures plus directes en faveur des entreprises. Ceci permettra aux entreprises et investisseurs d’intervenir dans de nouvelles activités à forte valeur ajoutée, et surtout de mettre un terme aux pratiques de la rente. Notons que l’adoption de cette charte a été à maintes reprises repoussée. La note de cadrage du budget 2022 a néanmoins insisté sur l’urgence de sa finalisation.

La liste des défis cités plus haut n’est pas exhaustive. Le gouvernement est attendu sur d’autres dossiers d’importance, tels que l’emploi dont le taux de chômage culmine à 12,8%, l’éducation ou encore l’entrepreneuriat… Des thèmes qui figurent déjà dans le programme électoral du parti gagnant des élections. Juste avant le scrutin, Nizar Baraka, avait déclaré, «le futur gouvernement affrontera de grands défis étant donné que la marge de manœuvre est réduite à cause des répercussions de la pandémie de la Covid-19, de la situation sociale fragile et de la crise de confiance».

Pour cela, «la situation n’est pas facile et requiert de la responsabilité, du courage et une vision de l’avenir ainsi que la capacité de concrétiser cette conception sur le terrain, avec l’adhésion de tous les acteurs dans sa mise en œuvre», avait-il souligné. En définitive, l’équipe d’Akhannouch va donc devoir s’atteler à un agenda particulier, lourd de tâches et de challenges. Les cinq années de gouvernance seront-elles suffisantes pour répondre aux aspirations du peuple marocain  ? Au boulot, messieurs !

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