Ahmed Reda Chami croit en une croissance de 6% par an

Si l’objectif du Nouveau modèle de développement est de porter la croissance à 6% par année jusqu’en 2035, Ahmed Reda Chami, membre de la commission spéciale du modèle de développement qui ont la charge d’expliquer tout le travail effectué, conditionne cet élan par une série de mesures qui s’inscrivent dans la durée. Il s’agit notamment de l’inclusion et la protection sociales, l’exploitation de nouveaux gisements de croissance et la levée de certains obstacles…

Pour Ahmed Reda Chami, pour placer la nouvelle dynamique dans son contexte, l’économie fait partie d’un tout cohérent. Dès lors, penser une nouvel élan de croissance soutenue et durable doit passer inéluctablement par actionner l’ensemble des leviers possibles.

« Quand on regarde la croissance économique au Maroc sur la dernière décennie, on est à 3,5%, c’est faible. L’ambition du nouveau modèle, c’est de porter ces 3,5% à 6% en moyenne jusqu’en 2035 », avance-t-il. La croissance est ici pensée comme un moteur de développement. Aussi, « le nouveau modèle est composé de plusieurs axes comme l’inclusion, la protection sociale,… si jamais on ne génère pas assez de croissance, on ne pourra pas financer les grands chantiers du nouveau modèle», précise-t-il. Tout en poursuivant qu’«on ne pourra pas non plus créer suffisamment d’emplois, alors que de nombreux jeunes arrivent sur le marché de l’emploi », et sans compter le stock de NEET (Not in Education, Employment or Training; ni emploi, ni éducation, ni formation).

6% de croissance c’est possible…

Tout en mettant en avant le travail de fond réalisé par la CSMD pour identifier tous les gisements de croissance non encore exploités, A.R. Chami croit dur comme fer en la capacité de l’économie marocaine à assurer une croissance soutenu de l’ordre de 6% annuellement. « Je vous le dis dès maintenant, nous pensons que c’est faisable », martèle-t-il tout en nuance.

Car, selon lui, il ne s’agit pas de n’importe quelle croissance. Il faut qu’elle soit de qualité, plus efficiente, plus résiliente et plus équitable.

A cet égard, il affirme que « la croissance réalisée jusqu’à aujourd’hui s’est faite essentiellement par l’accumulation de capital. On pense que les entreprises, avec le capital existant peuvent devenir plus productives et plus efficientes et générer plus de croissance ».

Par ailleurs, il met l’accent sur la frilosité du secteur privé. A ce titre, il rappelle que « l’investissement privé représente 40% à 50% de la FBCF (formation brute de capital fixe). En Turquie, ce taux est de 80% ».

La deuxième poche de croissance, c’est l’investissement public. Pour A. Chami, ce dernier est important mais ne génère pas assez de croissance.  Pour lui, «cet investissement public peut aller vers des capacités productives plus intéressantes ».

Pour ce qui est de la résilience, la CSMD préconise d’avoir une base économique diversifiée. « Si on a un problème sur un secteur en particulier, comme pour le cas du tourisme, il y a d’autres moteurs de croissance qui peuvent prendre le relais ».

D’autant plus que la croissance souhaitée se doit d’être répartie équitablement sur les individus et les territoires. « Trois régions concentrent  plus de 50% du PIB marocain. Beaucoup d’autres régions sont bien en deçà de leur potentialités », regrette A. Chami.

Des gisements de croissance

Le constat est posé et le cap fixé, où sont donc ces gisements de croissance qui permettront à l’économie marocaine d’atteindre les objectifs?

Pour A. Chami « Nous avons réalisé une cartographie des différents secteurs qui peuvent être ces moteurs de croissance ». Ils sont classés en 4 catégories comme l’illustre le tableau ci-dessous :

Les gisements de croissance pour l'économie marocaine
Les gisements de croissance pour l’économie marocaine
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VERSION FRANÇAISE

SYNTHÈSE DU RAPPORT

Dans le capital naturel, « on retrouve le phosphate, les mines qui ne sont pas assez exploitées, l’agro-alimentaire où le taux de transformation est faible,… ».

On y retrouve également l’énergie. « Nous sommes dotés de sources énergétiques extraordinaires (le soleil et le vent). Et nous avons la capacité énergétique d’un Nigéria ou d’un Venezuela pour exploiter cette énergie-là et créer de l’électricité à faible coût », avance Chami.

« Il faut qu’il y ait une vraie réforme du secteur énergétique au Maroc: un régulateur fort qui gère toutes les énergies; de son côté, l’ONEE doit se concentrer sur un métier qui peut être le transport; le privé assure la production; des sociétés régionales feraient la distribution.,… tout cela peut être fait, mais cela demande des moyens et de l’ambition », poursuit Chami.

Mais le jeu en vaut la chandelle, car « en bout en course, on aura une énergie pas chère, donc une industrie compétitive, on peut faire du dessalement d’eau de mer puisqu’on aura de l’énergie abordable », ajoute-t-il.

L’ex-ministre évoque également l’économie bleue. « On a 3.500 km de côtes, la pêche ne représente pas plus de 2 ou 3% du PIB alors qu’on peut en faire une véritable industrie ».

« Quand on voit toutes ces potentialités, on se dit que nous avons à peine commencé dans certains secteurs à gratter la surface. Il reste encore beaucoup de choses à faire », insiste-t-il.

Pour exploiter ces potentialités, il faut une révolution entrepreneuriale. « Il faut beaucoup plus d’acteurs, il faut moderniser le secteur, diversifier le tissu économique, monter en gamme et internationaliser », avance Chami.

Le président du CESE explique que la montée en gamme passe par la sophistication. « Il faut faire des produits plus sophistiqués. La sophistication ne peut venir que de l’innovation. Aujourd’hui, seulement 6% des entreprises marocaines ont de la R&D », regrette-t-il. Les entreprises déposent chaque année 50 brevets. En Turquie, elles déposent 5.000 brevets.

« Le pourcentage des cadres moyens et supérieurs engagés par l’industrie marocaine est de 8%. Dans les pays développés ils sont 60°%, dans les pays émergents  sont entre 20 et 30%. Il faut savoir que ce manque d’encadrement génère une économie très peu sophistiquée », explique-t-il.

L’idée globale est que « le privé marocain doit se mobiliser autour de ce nouveau modèle de développement pour moderniser, diversifier, monter en gamme et s’internationaliser. L’Etat va venir enlever les blocages et mettre les incitations pour permettre de vivre une révolution entrepreneuriale ».

Par ailleurs, si l’économie marchande aura du mal à atteindre les objectifs fixés surtout au cours des premières années. Donc il y a une autre opportunité, « c’est l’économie sociale qui doit être abordée d’une autre façon », avance A. Chami.

« Il ne faut plus que ce soit une économie de subsistance, ce ne sont pas que des petites activités génératrices de revenus dans des petites coopératives qui font de la transformation de produits de terroir ou autres », poursuit-il.

« Il faut plus de la structuration. Il faut un vrai cadre fondateur de cette économie sociale avec une loi-cadre, des acteurs définis, des statuts définis, du  financement, une relation claire avec l’État et les institutions », avance-t-il.

« Les acteurs de cette économie vont jouer un rôle important dans le système territorial. Une des opportunités de cette économie sociale, c’est la délégation du service public. On peut déléguer de l’assistance sociale, la petite enfance, de l’économie circulaire, la culture, … Juste un chiffre, le pourcentage d’emploi dans les associations au Maroc c’est 0,5%, en France c’est 8% », précise Ahmed Reda Chami. Le potentiel est donc immense pour notre pays.

 

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