Le lithium, matériau clé des batteries des véhicules électriques, devient un enjeu de puissance industrielle et diplomatique. Depuis l’annonce initiale du projet, la conjoncture mondiale — marquée par la ruée vers la décarbonation et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement — a conféré à cette alliance une portée inédite. LGES, leader coréen des batteries, et Yahua, spécialiste chinois des composants, ambitionnent de transformer les concentrés extraits au Maroc en hydroxyde et carbonate de lithium haut de gamme. Derrière ce partenariat, le Royaume cherche à inscrire son sous-sol dans une filière stratégique, tout en préservant son autonomie face aux grands blocs économiques.
Un projet stratégique pour l’industrie des batteries
Classée « stratégique » par la Commission nationale des investissements, l’usine de raffinage de lithium se déploiera dans la région de Safi, dotée déjà d’infrastructures portuaires et énergétiques. Conçue pour produire 50 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an à l’horizon 2027, l’installation reposera sur un procédé économe en eau et moins dépendant des solvants agressifs. Cette technologie, apportée par Yahua, s’accompagnera d’un transfert de savoir-faire pour les ingénieurs locaux. L’enjeu est double : garantir la qualité des produits pour les constructeurs automobiles et limiter l’empreinte écologique, afin de répondre aux normes européennes et américaines sur les matériaux critiques.
Gouvernance, contenus locaux et régulation environnementale
Au-delà du simple financement, le protocole instaure un comité de pilotage tripartite — État, LGES et Yahua — chargé de veiller à l’intégration de 30 % de composants marocains dans la chaîne d’approvisionnement. Les critères de performance sociale et environnementale, prévus dans le cahier des charges, imposent des seuils de recyclage des effluents et des audits réguliers par des organismes indépendants.

Parallèlement, la question de la fiscalité et des incitations à l’investissement a été renégociée afin de maintenir un équilibre entre attractivité et recettes publiques. Ces dispositions visent à construire un modèle de gouvernance adapté aux risques géopolitiques et aux exigences de la transition énergétique.
Catalyseur pour la souveraineté industrielle
L’arrivée de LGES et de Yahua sur le territoire marocain sert d’effet d’entraînement pour d’autres acteurs de la batterie et du stockage d’énergie. Les pouvoirs publics misent sur cet écosystème naissant pour attirer des projets de gigafactory, destinés à la production de cellules et de packs complets. Mais pour ne pas rester fournisseur de matières premières à bas coût, il faudra renforcer la recherche-développement nationale et développer des formations spécialisées. La montée en compétences des centres techniques et des universités s’avère cruciale pour éviter que la valeur ajoutée ne s’évapore vers l’étranger.
L’investissement de 5,5 milliards de dirhams signé par LG Energy Solution et Yahua incarne la nouvelle donne minière du Maroc : un pari sur la compétitivité, la transition verte et la maîtrise de technologies sensibles. Si ce projet tient ses promesses industrielles et environnementales, il pourra faire du Royaume un acteur incontournable de la chaîne mondiale des batteries. À condition toutefois que la gouvernance locale transforme cette impulsion en une stratégie pérenne, mariant attraction des capitaux, ancrage territorial et souveraineté technologique.










