8 mars, le requiem ?

Le Maroc est-il condamné à rester ad vitam aeternam la victime expiatoire des forces de l’inertie qui le paralysent en tétanisant plus de la moitié de sa population ? La question mérite d’être soulevée en ce mois de mars où le pays, comme les autres nations qui font la communauté internationale, fête la femme. Le temps d’un 8 mars qui remobilise autour de la question du genre et des injustices subies par la femme nombre d’associations qui ont milité pour l’avènement de la réforme de la Moudawana. Une réforme qui, il faut le dire, date pour pouvoir exprimer pleinement les attentes d’un pan entier de la population.

Nos décideurs politiques qui se cachent derrière le paravent d’un prétendu conservatisme de la société pour justifier leur inertie, mais surtout un manque de courage, se complaisent dans des postures d’autosatisfaction. En évoquant, l’occasion d’un jour fêté à l’international, les succès rencontrés sur la voie de l’autonomisation des femmes.

Une autonomisation arrachée, il faut le dire, sous le poids du besoin, par les cheffes de famille qui n’hésitent devant rien pour restituer un peu de chaleur aux foyers familiaux qui échappent aux mailles du « filet social » déployé. Les femmes qui suent de jour, comme de nuit, n’ont pas attendu que l’armature législative soit au top niveau pour tenter le diable en prétendant à un marché de l’emploi déjà exigu et fondamentalement dominé par les hommes. Mais est-ce suffisant pour prétendre à une société égalitaire où les différences entre genres sont lissées dans l’inconscient collectif et dans la pratique de tous les jours ?

Il faut croire que le Maroc est encore loin du compte. Preuve en est que le tissu associatif, quoique fort dynamique, n’arrive toujours pas à avoir l’écoute, toute l’écoute, des politiques. La question de l’égalité entre citoyens, garantie pourtant par la loi suprême du pays, ne semble bonne à rappeler que lors des fora internationaux pour faire redorer le blason du pays.

Si le Maroc a marqué des points, avec l’investissement royal en faveur de la réforme de la Moudawana, il est loisible de constater que le combat pour l’égalité est encore loin d’être définitivement remporté. Aucune amélioration substantielle du statut juridique de la femme n’est intervenue depuis.

Pourtant, le Maroc est loin d’être figé. La bataille des soulaliyates rappelle à bien des égards le toilettage des textes exigibles de la part d’une classe politique qui se complait dans l’attentisme, pour ne pas dire le suivisme lorsque des décisions ruissellent du haut de la pyramide. Idem pour les textes qui limitent les libertés individuelles, rapports sexuels consentis entre adultes hors liens du mariage, avortement, mariage des jeunes filles…

Dans ce chaudron-là, ce sont les femmes qui subissent les injustices des hommes. Pourtant, ces derniers n’ignorent pas qu’en adoptant la politique de l’autruche, ils portent le plus grand préjudice à leurs sœurs, filles et mères. Une révolution est attendue sur ce registre. Les politiques ne doivent opposer à la réhabilitation de la justice aucune résistance. Sans quoi, ils ratent le rendez-vous que le pays est en droit d’avoir avec l’Histoire. Celle qui le grandit non pas seulement aux yeux des autres, mais surtout aux yeux de ses enfants, filles comme garçons. Le reste, tout le reste relève de la pure casuistique.

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