Entre tramway, nouveaux échangeurs et Busway, Casablanca-Settat engage une mutation profonde de sa mobilité. Le déploiement des lignes T3 et T4, l’élargissement des carrefours stratégiques et la refonte du réseau routier promettent une intermodalité renforcée, un air plus pur et une attraction immobilière décuplée. Ce grand angle dévoile les rouages, les défis d’exécution et les promesses pour des millions d’habitants.
Festina lente : un rythme d’expansion maîtrisé
Le plan de mobilité de 22 milliards de dirhams se veut exemplaire par son phasage progressif. Chaque tranche de travaux, qu’il s’agisse du tramway ou des échangeurs, est programmée pour limiter la gêne des usagers et préserver le tissu commercial des quartiers traversés. Festina lente : hâter avec lenteur, pour garantir qualité et durabilité. Aux heures de pointe, les opérations nocturnes et les fermetures partielles de voies sont calibrées pour maintenir la circulation, illustrant une planification chirurgicale.
Tramway 3 et 4 : l’intermodalité en première ligne
Les lignes T3 et T4, d’une longueur cumulée de 26 km, s’insèrent au cœur de la métropole. Elles relient les pôles d’échanges (Casa Port, Hay Hassani) et créent des correspondances avec T1, T2, Busway BW1 et BW2, offrant une alternative viable à la voiture. Selon Hanae Rguibi, directrice de Casa Transport, « ce maillage renforce la cohésion urbaine et valorise chaque quartier traversé ». En reliant zones d’activité, universités et quartiers résidentiels, ces lignes promettent une fluidité jusque-là inédite.
Des carrefours restructurés pour résorber la congestion
Au-delà des rails, le chantier des échangeurs routiers ambitionne de décongestionner les principaux axes casablancais. Les intersections Hassan II/Moulay Youssef et Mohammed VI/ONCF sont repensées en dénivelés et giratoires, réduisant les conflits de trafic et les temps d’arrêt aux feux. Les travaux, conduits en coordination avec l’ONCF et la DTPR, ont adopté des techniques de béton à haute performance pour accélérer le revêtement en quelques jours seulement. À terme, la fluidité attendue devrait plonger la congestion des pics matinaux de 30 %.
Retombées environnementales : vers un souffle urbain plus sain
La modernisation des transports s’accompagne d’un volet vertueux pour la qualité de l’air. En substituant au moteur à combustion plus de 150 000 trajets quotidiens en tramway et Busway, on anticipe une réduction des émissions de particules fines de l’ordre de 15 %. Les nouvelles voies sont plantées d’arbres adaptés au climat méditerranéen, créant des couloirs de fraîcheur et atténuant l’effet d’îlot de chaleur. En réinvestissant l’espace public au bénéfice des mobilités douces, Casablanca se rapproche de la vision de Jane Jacobs : « Les villes ont la capacité d’offrir quelque chose à tout un chacun, si et seulement si elles sont créées par tous.»
Effet domino sur le marché immobilier
L’investissement colossal dans la mobilité agit comme un puissant amortisseur sur les prix fonciers. Depuis l’ouverture partielle de T3, plusieurs parcelles situées à moins de 500 m des stations ont vu leur valeur grimper de 10 à 15 %. Cet afflux de capitaux redynamise les programmes de logements neufs et encourage la rénovation d’immeubles anciens, portés par une demande accrue pour des logements bien desservis. Promoteurs et investisseurs anticipent une seconde vague haussière, attirés par la promesse d’un accès rapide aux pôles économiques et universitaires.
Vie des navetteurs : confort, temps gagné et inclusion
Les bénéficiaires directs restent les millions de navetteurs qui jalonnent quotidiennement la métropole. Un trajet de Sidi Moumen à Casa Port, autrefois un parcours d’obstacles de plus d’une heure, devrait s’achever en 35 minutes grâce aux correspondances rapides. Les rames climatisées, les quais surélevés et la billettique intégrée garantissent un confort accru, tandis que la tarification sociale « Pass Mobilité » vise à inclure les plus modestes. Pour les casablancais à mobilité réduite, la mise en accessibilité universelle des stationnements et des quais constitue une avancée majeure vers une ville plus inclusive.
Gouvernance et suivi : le casse-tête de l’exécution
Un tel programme exige une gouvernance exemplaire. Casa Transport, la DTPR et la wilaya partagent désormais un tableau de bord commun pour suivre l’avancement des indicateurs : délais, coûts et impacts sur la circulation. Des comités de quartier sont associés pour recueillir les retours des riverains et ajuster les phasages. Le défi reste de maintenir la transparence et de prévenir les dérives financières, tout en respectant les calendriers serrés imposés par l’enveloppe budgétaire.
Avec ses 22 milliards de dirhams, Casablanca dessine une mobilité du XXIᵉ siècle, synonyme d’efficacité, de propreté et d’attractivité. Le véritable enjeu consistera à pérenniser ces acquis, à l’épreuve de la maintenance, des futures extensions et de la fracture sociale. La prochaine question demeure : ce nouveau réseau sera-t-il capable de fédérer les ambitions économiques, environnementales et citoyennes d’une métropole en quête d’exemplarité ?










