L’essor des véhicules électriques et des énergies renouvelables alimente une appétence croissante pour le cuivre, ce métal conducteur clé de la transition verte. Dans ce contexte, la région de Tizert suscite l’intérêt de Critical Mineral Resources, qui entend extraire un minerai dont la teneur élevée promet une exploitation compétitive. Cette perspective ravive le débat sur la capacité du Maroc à encadrer les projets miniers étrangers, à préserver ses intérêts stratégiques et à valoriser durablement ses ressources naturelles.
Un gisement à fort potentiel économique
Les premières analyses géologiques révèlent la présence d’une chalcocite à teneur dense, située à faible profondeur, ce qui autoriserait un développement en carrière à ciel ouvert sans lourds investissements d’infrastructure. Les rapporteurs de CMR font état d’un taux de récupération pouvant atteindre 85 % pour le cuivre et près de 60 % pour les métaux précieux associés. Ce rendement anticipe un retour sur investissement rapide, dans un marché où le cours du cuivre fluctue mais demeure talonné par la demande industrielle. Le repérage des zones les plus riches va désormais conditionner la phase de forage prévue dès le second semestre 2025, sous réserve de l’obtention des autorisations d’exploration.
Stratégie d’exploration accélérée et partenariats locaux
Plutôt qu’une montée en puissance progressive, CMR adopte un modèle « fast track », combinant levée de capitaux et partenariats techniques. L’entreprise britannique a déjà signé un protocole d’accord avec un prestataire national pour les services de forage et le transport des échantillons, tout en envisageant de sous-traiter le traitement minéralurgique à une unité implantée à Jerada. Cette démarche traduit une volonté d’intégration dans l’écosystème local, mais suscite l’interrogation des acteurs publics quant à la répartition des bénéfices. Il appartient désormais aux autorités de négocier un cadre fiscal et réglementaire garantissant à la fois compétitivité de l’investissement et retombées tangibles pour la région.
Enjeux pour la souveraineté et la transition énergétique
Au-delà de la dimension financière, le projet Copper Sed s’inscrit dans une trajectoire plus large : celle d’un Maroc désireux de consolider sa place sur la chaîne d’approvisionnement des métaux critiques. La réussite de ce chantier pourrait attirer d’autres opérateurs et impulser une politique industrielle autour du cuivre, encore marginale dans les plans publics. Pour être vertueuse, cette dynamique suppose toutefois de renforcer les mécanismes de suivi environnemental, de veiller à l’emploi local et de structurer en amont les filières de transformation. Faute de quoi, le Royaume risque de n’être que le pourvoyeur d’une matière première dont la valeur ajoutée s’échappera vers l’étranger.
L’initiative de Critical Mineral Resources près de Tizert illustre le double défi qui se joue au Maroc: accroître l’attractivité des investissements miniers tout en protégeant la souveraineté et le développement local. La donne est claire : si Copper Sed confirme son potentiel économique, le pays devra accompagner cette victoire par une stratégie d’industrialisation du cuivre et une gouvernance robuste. Au cœur de la transition énergétique mondiale, c’est à cette condition que le Maroc montera en gamme, de simple producteur de minerai à acteur structurant d’une filière à haute valeur ajoutée.










