L’ambition affichée par l’Exécutif, soutenue par une stratégie de relance dotée de 14 milliards de dirhams pour la période 2025-2026, marque une rupture nécessaire avec les politiques de saupoudrage du passé. Il s’agit désormais de passer de la gestion de l’urgence à la construction d’un appareil productif capable de générer de la valeur.

Mais la mémoire sociale, faut-il le rappeler, est celle des épreuves partagées, et l’épreuve actuelle est celle d’un doute qui s’installe devant la persistance d’un chômage qui, s’il baisse comptablement à 13 %, continue de frapper d’abord les plus instruits de nos enfants.

Nous penchons pour une lecture où l’emploi n’est plus une simple variable macroéconomique, mais le baromètre ultime de notre dignité collective. Car que vaut l’annonce d’un million de postes si ces derniers se limitent à la précarité des services ubérisés ou à la vulnérabilité des micro-activités de survie ?

Le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) a raison de tirer la sonnette d’alarme : le travail décent est le seul socle sur lequel peut reposer l’édifice de l’État social. Sans une protection sociale effective et un salaire permettant une existence digne, le contrat social n’est qu’un parchemin sans vie.

Il semblerait que notre modèle de croissance soit à la croisée des chemins, tiraillé entre un monde rural qui s’épuise sous les coups d’une sécheresse structurelle et des métropoles qui peinent à absorber l’exode des bras et des espoirs.

La destruction d’emplois agricoles n’est pas qu’une perte statistique ; c’est un déracinement culturel qui vient gonfler les rangs d’une jeunesse urbaine désorientée.

Face à ce défi, l’ingénierie gouvernementale doit impérativement réconcilier l’établi et la toge, en finissant par admettre que l’on ne peut plus diplômer pour le vide tout en espérant une émergence industrielle.

L’heure n’est plus aux incantations, mais à une éthique de la redevabilité. Le million d’emplois promis pour 2026 ne sera une victoire que s’il parvient à ramener vers la lumière ce million et demi de jeunes aujourd’hui « hors radars », ces NEET dont le silence est le cri le plus assourdissant de notre société. La solidité d’une nation se mesure à la capacité de ses institutions à offrir un avenir à ceux qui n’ont que leur travail pour patrimoine.

Si le Maroc parvient à transformer cet engagement budgétaire en une véritable souveraineté économique et humaine, il n’aura pas seulement rempli un objectif de programme ; il aura restauré le pacte de confiance qui lie chaque citoyen à son sol. C’est dans cette capacité à transformer le chiffre en destin que se jouera, en dernière analyse, la grandeur de notre projet commun.

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