La réforme des EEP s’inscrit dans une dynamique de transformation structurelle de l’action publique. Portée par l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE), elle vise à professionnaliser les organes de gouvernance, instaurer un pilotage par la performance et renforcer la neutralité concurrentielle. Cette démarche, conforme aux orientations royales et aux recommandations du Nouveau Modèle de Développement, ambitionne de faire des EEP un levier stratégique au service de l’investissement, de la compétitivité et de la qualité des services publics.

Une gouvernance renouvelée pour les entreprises publique

La réforme introduit une nouvelle architecture de gouvernance fondée sur la responsabilisation des organes délibérants et la montée en compétence des équipes dirigeantes. Les conseils d’administration sont appelés à jouer un rôle plus actif dans la définition des orientations stratégiques, avec une composition alignée sur les standards de l’OCDE : administrateurs indépendants, diversité des profils, représentativité des femmes et évaluation régulière de la gouvernance. Cette professionnalisation vise à renforcer la rigueur des décisions, à fluidifier les processus de contrôle et à instaurer une culture de redevabilité.

La charte de gouvernance adoptée en mai 2025 consacre également le principe de partage du leadership entre les organes délibérants et les directions exécutives, tout en clarifiant les obligations de service public et les modalités de compensation. Elle introduit des mécanismes de gestion des risques, de transparence extra-financière et d’intégration des critères ESG dans les stratégies des EEP.

Des contrats de performance comme outil de pilotage

Le deuxième pilier de la réforme repose sur l’instauration d’un dispositif de pilotage fondé sur des objectifs clairs, des indicateurs mesurables et un suivi régulier. Les contrats de performance, conclus entre l’État et les équipes dirigeantes des EEP, formalisent les engagements pluriannuels et permettent d’aligner les actions sur les stratégies sectorielles. Cette contractualisation introduit une logique de résultats, où chaque établissement public est tenu de rendre compte de ses performances dans une perspective d’amélioration continue.

L’ANGSPE encadre aujourd’hui 57 EEP, couvrant des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les transports, les télécommunications, la santé ou l’agriculture. Elle veille à la valorisation du patrimoine public, à la gestion des participations de l’État et au suivi rigoureux des résultats. Cette approche vise à garantir la rentabilité des investissements publics tout en améliorant la qualité des services rendus aux citoyens et aux opérateurs économiques.

Complémentarité avec le secteur privé : vers une neutralité compétitive

La réforme des EEP ne se limite pas à une transformation interne. Elle s’inscrit dans une logique de complémentarité avec le secteur privé, fondée sur la neutralité concurrentielle et la transparence des relations économiques. L’ANGSPE et la CGEM ont renforcé leur coopération pour promouvoir un partenariat sincère, basé sur la confiance et la juste répartition des rôles. Cette dynamique vise à faire des EEP des catalyseurs de l’investissement privé, en développant des partenariats public-privé structurants et en favorisant l’émergence d’un tissu économique performant.

La transformation des établissements publics marchands en sociétés anonymes constitue un volet important de cette réforme. Elle ne se limite pas à un changement de forme juridique, mais vise à instaurer une culture corporate durable, fondée sur la performance, la transparence et l’alignement stratégique.

Dispositif cohérent et ambitieux

Les experts saluent cette réforme comme une avancée majeure dans la modernisation de l’action publique. Ils soulignent la cohérence du dispositif, la clarté des objectifs et l’alignement avec les standards internationaux. Pour plusieurs analystes, la mise en œuvre effective des contrats de performance et la professionnalisation des conseils d’administration constituent des leviers puissants pour améliorer la gouvernance et renforcer la compétitivité des EEP. Ils appellent toutefois à une mobilisation accrue des ministères de tutelle pour accélérer la transformation juridique des établissements publics marchands et garantir le respect des délais fixés par la loi-cadre.

La réforme des EEP marque une inflexion stratégique dans la gestion des ressources publiques. En plaçant la gouvernance et la performance au cœur de son dispositif, le Maroc affirme sa volonté de bâtir un appareil public agile, responsable et orienté vers les résultats. Cette transformation, si elle est pleinement mise en œuvre, pourrait redéfinir durablement le rôle de l’État dans l’économie et renforcer la confiance des citoyens et des investisseurs.

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