Entre artisanat ancestral, start-ups en plein essor et laboratoires pharmaceutiques, le Maroc engage une diplomatie économique active à Genève pour renforcer son arsenal juridique. Des accords avec l’OMPI aux réformes internes du BMDA et de l’OMPIC, cette stratégie vise à garantir que le caftan, le zellige, les innovations technologiques et les molécules brevetées demeurent l’apanage de leurs créateurs. En toile de fond, la contrefaçon menace la valeur ajoutée nationale et la confiance des investisseurs, posant la question de la capacité du Royaume à instaurer un écosystème propice à une croissance intelligente et durable.

Les enjeux économiques de la propriété intellectuelle

La propriété intellectuelle nourrit autant la croissance que la sécurité juridique. Brevets, marques et droits d’auteur constituent un actif intangible essentiel pour attirer les investisseurs étrangers et encourager la création locale. Nullum crimen sine lege ? Non, dans ce cas : Nulla prohibetur quod licet — ce qui est permis n’est pas interdit ; encore faut-il encadrer le champ des possibles. Selon Adam Smith, « le commerce fleurit là où l’invention est protégée », et le Maroc a compris qu’un portefeuille de brevets robuste devient un levier pour les PME et un amortisseur contre la concurrence déloyale.

Artisanat et patrimoine : protéger le caftan et le zellige

L’artisanat marocain ne se limite pas au folklore ; il représente un pilier d’exportation et un signe de reconnaissance mondiale. À Genève, Mohammed Mehdi Bensaid, ministre de la Culture, a souligné : « Notre ambition est de développer au sein du BMDA la défense de nouveaux droits, en s’appuyant sur l’expertise internationale », afin que le caftan et le zellige soient à l’abri des copies illicites. Cette volonté de valoriser le « Label Maroc » fait écho à la vision de Théodore Levitt qui affirmait que « la marque est plus qu’un nom ; c’est une promesse de qualité ».

Technologies et pharmaceutique : levier d’innovation et de compétitivité

La filière technologique et pharmaceutique s’appuie sur une recherche de pointe et des investissements lourds. Breveter un procédé de formulation médicale ou un algorithme d’intelligence artificielle impose de sécuriser le retour sur ces investissements. « La propriété intellectuelle est le moteur de l’économie du XXIᵉ siècle », rappelait Joseph Stiglitz ; au Maroc, les start-ups biotech et fintech bénéficient déjà du guichet unique de l’OMPIC et des incubateurs universitaires, qui facilitent le dépôt en ligne de plus de 95 % des demandes. Cette digitalisation renforce la réactivité du système et sa capacité à accompagner des projets à fort impact.

Diplomatie à Genève : le Maroc à l’offensive à l’OMPI

À l’occasion de la 66ᵉ session des Assemblées générales de l’OMPI, le Maroc a signé un protocole d’accord avec Daren Tang, directeur général de l’organisation. M. Bensaid a plaidé pour un système « inclusif, équilibré et au service du développement », aligné sur la feuille de route nationale 2022–2026 de l’OMPIC, qui fait de la propriété intellectuelle un levier central de la transition vers l’économie du savoir. Cette diplomatie fine permet au Royaume de défendre ses spécificités culturelles tout en négociant des mécanismes d’exception pour ses industries créatives.

Vers un écosystème de l’innovation : défis et perspectives

Le grand défi n’est plus seulement de sécuriser des droits, mais d’instaurer une culture de la protection et de l’application effective. Il s’agit désormais de former magistrats, avocats et agents publics, de renforcer les tribunaux spécialisés et de sensibiliser les PME au dépôt systématique de brevets. La prochaine étape sera d’adapter ce cadre aux enjeux numériques — intelligence artificielle, données, biotechnologies — pour que le Maroc reste à l’avant-garde d’une économie globale en mutation.

Le Maroc a posé les bases d’une stratégie ambitieuse de propriété intellectuelle, mêlant diplomatie et réformes internes. Reste à incarner ces accords dans la pratique quotidienne et à étendre le combat juridique aux nouveaux horizons de l’innovation, pour que la création marocaine devienne un moteur durable de prospérité.

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