Cette initiative répond à une nécessité de spécialisation du tissu économique marocain. Jusqu’à présent, les recommandations en matière de gouvernance souffraient parfois d’un manque d’adéquation avec la réalité hétérogène des entreprises nationales. La CNGE corrige le tir en fragmentant son corpus normatif en quatre piliers distincts, une architecture pensée pour couvrir l’ensemble du spectre économique.
Le premier pilier est le Code Marocain de Bonnes Pratiques de Gouvernance d’Entreprise, qui fait office de socle général. Il pose les principes universels de responsabilité, de transparence et d’intégrité qui doivent irriguer toute structure commerciale. Il est complété par trois déclinaisons sectorielles spécifiques qui constituent le cœur de la réforme.
Le Code de Gouvernance des Établissements et Entreprises Publics (EEP) s’adresse au bras armé de l’État. Dans un contexte de réforme du secteur public et de création de l’Agence Nationale de Gestion Stratégique des Participations de l’État, ce texte vise à professionnaliser le pilotage des entités étatiques, en alignant leurs organes de décision sur les exigences de rentabilité et de contrôle du privé.
Le secteur financier, poumon de l’économie, se voit doté du Code de Gouvernance des Établissements de Crédit. Ce référentiel intègre les dernières exigences prudentielles et les normes de Bâle, renforçant la solidité systémique des banques marocaines face aux risques de marché et opérationnels. L’enjeu est ici de maintenir la crédibilité de la place financière de Casablanca aux yeux des investisseurs étrangers.
Enfin, la CNGE cible le cœur battant de l’économie réelle avec le Code de Gouvernance des PME et Entreprises Familiales. Ce document est sans doute le plus attendu, car il s’attaque aux défis spécifiques de la transmission intergénérationnelle, de la séparation des patrimoines et de la professionnalisation du management dans des structures souvent gérées de manière intuitive.
L’objectif affiché par la Commission est double. Il s’agit d’abord d’améliorer la compétitivité intrinsèque des entreprises en rationalisant leurs processus de décision. Mais l’ambition est aussi macroéconomique : en standardisant l’information et les pratiques, le Maroc espère fluidifier l’accès au financement pour ses entreprises et rassurer les capitaux internationaux, pour qui la clarté de la gouvernance est devenue un critère d’investissement aussi crucial que la performance financière.
















