L’hydrogène vert est un vecteur énergétique qui permet de produire de l’électricité sans émettre de gaz à effet de serre. Il est obtenu par électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire.

Le marché de l’hydrogène vert est en pleine croissance, porté par la demande croissante de solutions décarbonées dans les secteurs de la mobilité, de l’industrie et du stockage d’énergie. Selon une étude de BloombergNEF, le marché mondial de l’hydrogène vert pourrait atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 et 115 milliards de dollars d’ici 2050.

Les principaux acteurs de ce marché sont les producteurs d’énergies renouvelables, les équipementiers spécialisés dans l’électrolyse, les distributeurs d’hydrogène et les utilisateurs finaux comme les constructeurs automobiles, les industriels ou les opérateurs de réseaux électriques.

Les principaux défis à relever pour le développement de ce marché sont la réduction des coûts de production et de distribution de l’hydrogène vert, le renforcement des infrastructures et des normes de sécurité, et la sensibilisation des consommateurs aux avantages environnementaux et économiques de cette énergie.

L’offre Maroc en question

Au vu de l’avenir florissant de cette industrie et des usages de l’hydrogène vert en tant que véhicule de transition énergétique aussi bien au Maroc que dans le monde, notamment en Europe, les pouvoirs publics veulent anticiper l’explosion de la demande mondiale pour capter le maximum de parts des marchés qui vont s’ouvrir d’ici 2050. Pour cela, le Maroc doit disposer, comme le recommande la Banque mondiale, de politiques ciblées et d’incitations pour rendre attractif l’investissement dans cette industrie.

« Le Maroc est bien positionné pour jouer un rôle de leader dans l’industrie de l’hydrogène, mais il devra créer un environnement de marché propice pour que ce potentiel se concrétise. Le déploiement du marché de l’hydrogène vert nécessitera d’importants investissements dans les infrastructures de production et de transport, qui devraient être principalement financés par le secteur privé.

Pour faciliter ces investissements, le gouvernement devrait finaliser son cadre politique et réglementaire en matière de gaz, en l’étendant à l’hydrogène vert ; préparer un plan de mise en œuvre de la stratégie relative à l’hydrogène vert (y compris les infrastructures de transport nécessaires) ; nouer des partenariats de coopération avec les importateurs potentiels d’hydrogène vert ; et préparer les certifications, les normes et les standards », énumère la Banque mondiale dans son rapport Climat et développement.

Selon les experts de l’institution, la nature naissante de ce marché signifie par ailleurs que certains risques majeurs devront être atténués afin d’attirer le secteur privé grâce à des conditions optimisées. Ces risques comprennent l’incertitude des revenus, puisque les marchés se développeront à partir de zéro, et que les grands besoins d’investissement dans les infrastructures de transport et de stockage ne sont pas encore clairement définis.

« La condition sous-jacente fondamentale pour le développement de l’hydrogène vert, tant pour l’usage domestique que pour les exportations, est la rapidité avec laquelle il deviendra compétitif par rapport aux alternatives.

Le Maroc est bien placé pour devenir un important producteur d’hydrogène vert, étant donné l’abondance de ses ressources énergétiques renouvelables (le composant de coût le plus important de l’hydrogène vert) et au vu de sa demande locale dans la grande industrie des engrais, qui importe actuellement de l’ammoniac (et qui pourrait être produit localement en utilisant l’hydrogène vert à l’avenir).

Une autre source potentielle importante de demande en énergie est le secteur maritime, où l’utilisation d’hydrogène vert faciliterait la décarbonation, comme dans certains autres secteurs du transport. Il existe toutefois des risques et des incertitudes associés à une industrie aussi naissante », estime le rapport.

Selon la feuille de route sur l’hydrogène vert du Maroc, le développement de cette industrie nécessiterait d’ici 2050 un investissement total de 76 milliards de dollars, y compris la production d’énergies renouvelables, les électrolyseurs et les usines de conversion, mais en excluant les investissements dans les infrastructures associées telles que les gazoducs dédiés, les stations de ravitaillement en hydrogène vert, l’adaptation des infrastructures portuaires pour les exportations et le développement d’installations de stockage de l’hydrogène vert et des dérivés.

Des projets pharaoniques que le Maroc devrait lancer pour bâtir une offre complète et compétitive pour les investisseurs locaux et étrangers, comme il l’a fait pour l’industrie automobile et aéronautique. Une politique de nouveaux grands chantiers qui doit d’abord être financée par l’Etat, pour que le privé puisse prendre ensuite le relais. Des financements internationaux peuvent également participer à cet effort, comme le signale la Banque mondiale, qui cite l’exemple du Pacte vert pour l’Europe qui peut fournir des ressources financières, notamment pour développer la production d’hydrogène vert pour l’exportation vers l’Union européenne.

Et cette « offre Maroc » ne peut être bâtie que sur les infrastructures et l’environnement d’investissement, mais des réformes politiques et organisationnelles sont aussi à envisager, selon les recommandations de la Banque mondiale.

« Pour atteindre les objectifs de décarbonation du pays de façon holistique, le ministère de l’Énergie devrait commencer par définir une stratégie qui tienne compte de l’interaction entre les systèmes d’électricité, de gaz naturel et d’hydrogène vert. En retour, cela permettrait une planification plus intégrée et coordonnée des infrastructures électriques et gazières afin de garantir la fiabilité et la sécurité de l’approvisionnement, tout en envoyant des signaux clairs aux investisseurs privés dans les segments concurrentiels des marchés », estiment les experts de la banque.

Autre action recommandée par la Banque mondiale : la coordination des politiques sectorielles en la matière. En effet, les stratégies et plans sectoriels existants ne sont en effet pas toujours pleinement articulés entre eux, ce qui contraint leur mise en œuvre et peut conduire à une fragmentation et à un manque de cohérence.

Cet obstacle peut être particulièrement difficile à surmonter dans le cas du nexus eau-énergie. Par exemple, alors que le Maroc a élaboré un ambitieux plan de déploiement de l’hydrogène vert, le Plan national de l’eau ne tient pas compte des besoins en eau associés.

De même, « le développement de solutions de dessalement de l’eau devrait être soigneusement aligné sur le déploiement des énergies renouvelables, en tenant compte également de la demande qui va émaner des autres secteurs (comme les transports et l’industrie) », signale la Banque mondiale.

Des pistes qui montrent que ce chantier royal nécessite d’énormes efforts financiers, humains et organisationnels pour aboutir au scénario optimal : celui d’un Maroc grand producteur d’hydrogène vert à l’horizon 2050, avec une industrie florissante, créatrice de valeur et d’emplois, et contribuant aux recettes de l’export du pays… tout en permettant au Royaume de réussir sa transition énergétique pour répondre aux nombreux défis climatiques et économiques qui se présentent.

Share.
Leave A Reply

Exit mobile version