Au cœur du virage énergétique marocain, le projet « Chbika » cristallise les espoirs d’une souveraineté industrielle fondée sur l’hydrogène vert. Porté par un consortium réunissant TotalEnergies, Copenhagen Infrastructure Partners et A.P. Moller Capital, ce chantier est scruté de près par le gouvernement qui veut en faire un modèle reproductible. La 5ᵉ réunion du comité d’investissement, co-présidée par Nizar Baraka, Leila Benali et Karim Zidane, acte officiellement l’entrée de ce projet dans sa phase opérationnelle.

Une réunion stratégique à haute valeur symbolique

Le comité d’investissement réuni sous l’égide du ministre délégué chargé de l’Investissement, Karim Zidane, s’est tenu en présence de deux figures centrales de la transition énergétique marocaine : Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, et Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau. L’objectif de cette 5ᵉ session : valider les résultats des études menées par le consortium, ainsi que la totalité des engagements pris dans le contrat signé à Rabat le 28 octobre 2024, en présence du roi Mohammed VI et du président Emmanuel Macron.

En confirmant ces éléments, le comité acte l’adéquation entre les ambitions du Royaume et la trajectoire technologique du projet. Pour Karim Zidane, cette étape est à la fois technique et symbolique : elle illustre « une mobilisation forte » des partenaires publics et privés pour positionner le Maroc comme leader continental de l’hydrogène vert.

Le projet Chbika : ambitions industrielles et diplomatiques

Le mégaprojet « Chbika », porté par le trio TotalEnergies – CIP – A.P. Moller Capital, vise la création d’une zone dédiée à la production d’hydrogène vert à l’échelle industrielle. En lien avec les accords bilatéraux France-Maroc sur les énergies renouvelables, ce projet incarne un partenariat Nord-Sud centré sur la durabilité et l’innovation.

Ses objectifs sont clairs : capter l’énergie solaire et éolienne marocaine, la convertir via électrolyse en hydrogène vert, et la valoriser pour des usages industriels ou pour l’export, notamment vers l’Europe. Il s’agit d’un chantier structurant, à la fois pour l’économie nationale et pour l’image internationale du Maroc.

Une gouvernance multisectorielle

Le comité d’investissement de l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert fonctionne comme une instance de coordination entre ministères, investisseurs et agences techniques. Présidé par le Chef du gouvernement, ce comité supervise les projets retenus dans le cadre de l’offre nationale, dont Chbika est le fleuron.

Cette gouvernance inclut également un sous-comité dédié aux infrastructures, qui planifie les besoins logistiques, énergétiques et portuaires induits par la nouvelle filière. Parmi les entités mobilisées : l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen), l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), et l’Agence nationale des ports (ANP), chacune chargée d’anticiper les adaptations nécessaires à leurs secteurs.

Une dynamique d’ouverture

Au-delà du consortium principal, cinq autres investisseurs ont été présélectionnés dans le cadre de l’Offre Maroc. Le comité a profité de cette réunion pour faire un point d’étape sur les négociations en cours avec ces acteurs internationaux. L’objectif du Royaume est clair : bâtir un écosystème robuste et compétitif de production d’hydrogène vert, ouvert à l’innovation mais structuré autour d’une planification rigoureuse.

Cette stratégie repose sur une logique de transparence contractuelle, de responsabilité environnementale et de rendement technique, afin de favoriser une montée en puissance progressive et maîtrisée de la filière.

Une vision continentale de la transition verte

Pour Karim Zidane, « le Maroc entend s’affirmer comme leader africain et acteur majeur dans le développement de l’hydrogène vert et des technologies durables ». Cette ambition n’est pas simplement verbale : elle s’appuie sur des contrats solides, une ingénierie juridique innovante, et une implication active des ministères stratégiques.

En se positionnant comme une plateforme d’exportation vers l’Europe tout en gardant une maîtrise locale des ressources et des technologies, le Maroc cherche à concilier impératifs climatiques et développement industriel. Le projet Chbika est l’illustration concrète de cette convergence.

Avec Chbika, le Maroc ne se contente pas de produire de l’hydrogène : il façonne une gouvernance industrielle où la technologie devient levier de souveraineté. Entre ambition diplomatique, rigueur logistique et engagement climatique, le Royaume trace les contours d’un leadership vert, inspiré et assumé.

A savoir

  • Le projet Chbika prévoit une capacité de production de plus de 1 million de tonnes d’hydrogène vert par an, utilisant des sources renouvelables locales comme le solaire et l’éolien.
  • L’investissement total estimé dépasse 15 milliards de dollars, répartis entre infrastructures de production, électrolyseurs, systèmes de transport et installations portuaires.
  • D’ici à 2035, le Maroc vise une part de 4 à 5 % du marché mondial de l’hydrogène vert, avec Chbika comme pierre angulaire de cette stratégie continentale.

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