L’inflation importée accule les industriels marocains

La tension est palpable chez l’industriels marocains. Et pour cause la flambée des prix des matières premières. De la flambée des prix de l’énergie à celle des cours d’ammoniac en passant par l’augmentation des prix du souffre brut ou alors de l’orge, les effets de l’inflation importée mettent à mal les industriels marocains qui traversent une situation tendue.

Hausse de 368% de la facture d’importation d’ammoniac, de 764% des achats d’orge, ou encore de 193% des importations de soufres bruts, le tout exacerbé par les prix de l’énergie.

Le fait est que les industriels marocains traversent une situation tendue, qui semble mal tourner. Pourtant, ce ne sont pas les matières premières qui manquent au Maroc. Le Royaume a la chance d’avoir des matières rares et beaucoup de matières premières industrielles qu’il reste encore à transformer.

Hausse de plus de 128% de la facture d’importation de gasoils et de fuel-oils de janvier à avril et d’une année à l’autre. Un cran au-dessus pour les houilles, cokes et combustibles solides similaires dont la facture d’importation a bondi de 155%.

Pour compléter la liste des sous-produits énergétiques compris dans la facture énergétique globale du Maroc, le gaz de pétrole et autres hydrocarbures enregistre une hausse de 71,4% des importations à fin avril et d’une année à l’autre.

Face à la hausse du prix des carburants, les industriels voient leurs coûts exploser, que ce soit à travers la logistique de leurs intrants ou leur processus de transformation. Pour le coke, notamment, les sidérurgistes sont les plus touchés. En effet, le coke est un combustible au pouvoir calorifique élevé qui est aujourd’hui principalement utilisé dans la sidérurgie.

Dans les hauts fourneaux, il permet d’atteindre des températures très élevées (contrairement au bois ou à la houille) et de réduire le minerai de fer pour produire de la fonte, qui est elle-même transformée en acier. Selon la World Steel Association, pour produire 1 tonne de fonte, il faut approximativement 1,6 tonne de minerai de fer et 450 kg de coke.

Autre source d’énergie alternative aux carburants traditionnels : le gaz de pétrole, utilisé pour des applications variées. Pour des applications itinérantes, il est utilisé en bouteilles pour la restauration, ou encore pour charger les briquets, certaines lampes, etc.

Pour les applications industrielles, le gaz de pétrole est prisé dans la métallurgie, la pétrochimie, les industries textile et du papier, etc. Dans les fours de traitement thermique, de cuisson et d’émaillage, notamment pour le verre, les poteries ou les porcelaines, ce gaz, qui présente l’intérêt de se liquéfier sous une pression moins forte que les autres gaz (notamment le méthane), est très utilisé.

Les propriétés oxydantes ou réductrices des GPL y sont exploitées, notamment pour jouer sur les couleurs. Selon les derniers indicateurs mensuels des échanges extérieurs de l’Office des changes, la facture énergétique du Maroc a plus que doublé à fin avril 2022 s’élevant à 43,789 milliards de dirhams (MMDH).

«Cette évolution fait suite, essentiellement, à la hausse des approvisionnements en gas-oils et fuel-oils de plus de 12,140 MMDH due à l’élévation des prix qui ont presque doublé (8.833 DH/t contre 4.490 DH/t). En parallèle, les quantités importées enregistrent une hausse de 15,8%», explique l’Office des changes.

Il faut dire que la hausse de la facture énergétique suit le même trend que les importations de la quasi-totalité des groupes de produits. Hausse de 368% de la facture d’importation d’ammoniac ! Entre janvier et avril, d’une année à l’autre, la facture d’importation d’ammoniac a grimpé de 368%.

Pourquoi une telle hausse ?

Celle-ci s’explique par les multiples applications de ce puissant dérivé de l’azote : application dans l’industrie et la cosmétique, application comme agent de nettoyage, application comme agent de blanchiment et ingrédient dans les agents de lavage.

Le fait que l’ammoniac ait trouvé une application très large dans nos vies en fait un produit très demandé, ce qui explique aussi l’explosion de son prix. L’ammoniac est un des plus importants produits chimiques de synthèse principalement utilisé pour la fabrication d’engrais, d’explosifs et de polymères.

L’ammoniac est aussi utilisé comme gaz réfrigérant dans l’industrie. Il peut intervenir dans la fabrication de plastiques, tissus ou pesticides. Le NH3 est aussi le produit de base dans la synthèse de l’acide nitrique utilisé dans la fabrication d’explosifs, comme le TNT.

Les demi-produits ne sont pas en reste

Les produits chimiques et matières plastiques ne sont pas en reste, enregistrant, respectivement, des hausses d’importations de +69,1% et +46,4%. Au cumul, les importations des demi produits enregistrent une hausse de 53% ou +19.085MDH, suite à la forte croissance des achats de l’ammoniac (7,451 MMDH à fin avril 2022 contre 1,593 MMDH à fin avril 2021).

Les achats d’orge en hausse de 764%, ceux des soufres bruts en hausse de 193% ! Dans la catégorie des produits bruts, les importations d’huile de soja enregistrent +76,7% de hausse, quand le soufre brut et non raffiné affiche une hausse des importations de 193%.

Rappelons que le soufre sert à 90 % à préparer l’acide sulfurique, produit de base de l’industrie chimique. Il est notamment employé comme engrais (sulfates) (60% de la production) et phytosanitaire fongicide. Grosso modo, les importations des produits bruts s’accroissent de 72,6% ou +5.835 MDH. Cette augmentation fait suite, principalement, à la hausse des achats de soufres bruts et non raffinés qui ont presque triplé (+3,971 MMDH, soit une hausse de 193%).

S’agissant des importations de produits alimentaires, celles-ci affichent une hausse de 25,4% ou +5,830 MMDH. Cette évolution est tributaire, essentiellement, de la hausse importante des achats d’orge de 764% (+2,272 MMDH à fin avril 2022 contre seulement 263 MDH à fin avril 2021). Utilisée dans l’alimentation animale (bovins, volailles) et pour la fabrication du malt dans l’industrie de la bière, l’explosion du prix de l’orge explique en partie la hausse des prix de la viande de poulet et la viande rouge.

Les approvisionnements en blé affichent une hausse de 16% due à l’effet prix en accroissement de 38,8%. Les quantités, quant à elles, baissent de 16,4%.

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