Inflation: Le maintient du taux directeur, une affaire d’arbitrage

D’aucuns auraient pensé que la politique monétaire marocaine serait impacté par la tendance inflationniste du moment. Il n’en a rien été puisque la Banque centrale a maintenu son taux directeur inchangé. Une décision qui relève beaucoup plus de l’arbitrage entre l’application stricto sensu des mécanismes de la politique monétaire et l’impératif de soutenir l’activité des entreprises et de l’épargne.

Montée de l’inflation à 4,7% en 2022, chute de la croissance à 0,7%, creusement du déficit budgétaire à 6,3% et du déficit du compte courant à 5,5% du PIB, les perspectives n’augurent rien de bon pour l’économie marocaine qui évolue indéniablement dans un contexte marqué par l’incertitude.

Bref, les nouvelles ne sont pas bonnes du côté de la Banque centrale qui vient de tenir son premier Conseil trimestriel de 2022.

Et alors que la logique voudrait que la banque centrale, dont la principale mission de juguler l’inflation, Bank Al-Maghrib (BAM) a maintenu son taux directeur inchangé. Et pour cause, le nécessaire maintient de l’activité économique qui commence à peine à respirer après une crise sanitaire qui a mis à mal les divers pans du tissu productif marocain.

Vu la conjoncture sur le plan économique qui connaîtra une baisse significative, BAM a essayé de faire converger les objectifs d’une inflation maîtrisée et le maintien d’une certaine dynamique au sein de l’économie.

Une décision d’autant plus justifiée puisque BAM estime qu’il y aura une baisse de ce taux en 2023 avec un retour en deçà de 2% sur le moyen terme. Dès lors, changer le taux directeur serait une serait préjudiciable aux entreprises marocaines puisque la tendance inflationniste est sensée se tasser.

D’ailleurs, la décision du wali de la Banque Centrale a eu un écho favorable au sein du conseil qui a été convaincu par ce raisonnement, et la décision est passée sans discussion.

Cela dit, rien n’est inscrit dans le marbre. « Si jamais l’inflation reste élevée en 2023, une hausse du taux directeur sera justifiée, surtout que la prévision de croissance pour 2023 est de 4,6% », explique A. Jouahri.

Par ailleurs, la pression inflationniste est de nature à impacter non seulement le pouvoir d’achat des ménages et les coûts de production des entreprises, mais elle va également toucher les épargnants. En effet, une éventuelle révisons de la politique monétaire se devait de prendre en considération la possibilité que le taux de rémunération de l’épargne ne passe au rouge. Ce qui serait une première au Maroc.

D’autant plus qu’ avec la baisse opérée du taux directeur, « on a remarqué une baisse des DAT qui tournent aujourd’hui autour de 130 milliards de dirhams, quand les dépôts à vue augmentent de plus de 7%» averti A. Jouahri.

Le fait est qu’en cette période d’incertitude, la trajectoire choisie par BAM est à saluer puisqu’elle ne se fige pas derrière les mécanismes systématiques de régulation monétaire qui, malgré leur nécessité, auraient mis en péril la reprise économique du pays.

 

 

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